Eclisse totale
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LeTelegrammeLe Quatuor Leonis.
« Toucher le jeune public »


Propos recueillis par Éliane Faucon-Dumont

Le Quatuor Leonis, pourrait bientôt changer de nom et devenir « Les Quatre ». L’envie, on la sent, est très forte chez ces musiciens, heureux du véritable triomphe que leur ont réservé les Quimpérois, mardi soir. Ils nous livrent un peu de leur histoire.

> Dès votre entrée en scène, on pense au fameux « Quatuor », une formation dont vous vous réclamez ?

Le Quatuor, c’était un peu notre fantasme à tous. Nous essayons de nous inscrire dans le sillon que ces musiciens talentueux ont tracé. Ils venaient plutôt de la musique traditionnelle et ont appris leur métier de musicien après avoir choisi leur voie. À l’inverse, nous sortons tous du Conservatoire National de Musique de Lyon ou de Paris et c’est après de solides études musicales que nous avons décidé de nous engager dans une carrière à la fois théâtrale et musicale.

> Vous êtes tous d’excellents musiciens. Il vous semblait nécessaire d’ajouter le théâtre à la musique pour attirer un nouveau public ?
Aujourd’hui, il faut donner du sens à la musique, le public en a besoin. Celui de la musique classique en particulier. De plus en plus, les formations essaient de varier leurs propositions : les uns font des concerts scolaires, d’autres cherchent des solutions pour attirer les spectateurs. Nous, nous inscrivons dans cette démarche.

> On dit souvent que le public qui vient écouter la musique classique vieillit ?
Ce n’est pas qu’il vieillit, reprend Julien Decoin. La musique classique est souvent exigeante. Il faut une certaine maturité pour entrer dans un concerto, une sonate… Mais si, par notre démarche, nous pouvons toucher les jeunes et les moins jeunes, c’est formidable.

> Eclisse, que vous venez de présenter, allie le théâtre, la musique. Pouvez-vous nous parler de ce spectacle qui - vous le dites - est nouveau ?
Notre rencontre avec le metteur en scène Emmanuel Jeantet, chef d’orchestre de ce spectacle a été déterminante. Il nous a fait entrer dans son univers. Dans Eclisse, tout est construit, nous jouons avec la lumière, avec la musique que nous faisons et celle qui est déjà enregistrée. Dans ce cas, on peut parler de théâtre visuel.

> Le public a été bon ce soir ?
Excellent, émouvant, à notre écoute…

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Un ensemble au sommet de sa forme

Il y avait foule devant le Théâtre Max-Jacob mardi soir. C'est donc devant une salle archi-pleine que le Quatuor Leonis a fait son entrée ou plutôt sa fausse vraie entrée. Excellents musiciens, excellents comédiens, Guillaume Antonini, Julien Decoin, Sébastien Richaud et Alphonse Dervieux ne reculent devant aucun gag et créent des situations périlleuses dont ils se tirent avec brio.
Burlesques
En ce début de concert, après avoir joué quelques mesures finales d'une œuvre classique, s'être installés quelques instants à leurs places respectives, ils se lèvent et quittent la scène. Éclats de rire dans la salle ! À un moment donné, un lutin malicieux et invisible a échangé leurs instruments. Les premières mesures du concerto qu'ils ont décidé d'entonner ne sonnent pas exactement comme prévu. Rassemblé en un groupe compact, comme le faisaient leurs aînés du « Quatuor », voici qu'ils jouent une danse hongroise connue. Leur interprétation d'un mouvement célèbre de « La Jeune fille et la mort » de Schubert est irrésistible. Les Leonis nous font à la fois rire et pleurer, un exploit ! Puis, solitaire, le violoncelle joue Bach ; répartis sur la scène, l'alto, les violons jouent leur propre partition : Les 4 Saisons de Vivaldi, un extrait de la Symphonie n°40 de Mozart. Avec l'Adagio de Barber, les musiciens renouent magnifiquement avec le classique.
Souvenirs d'enfance
Bien installés sur leurs sièges respectifs, ils valsent au son de « La Foule » d'Edith Piaf. « Nous avons mis dans ce spectacle nos émotions, nos souvenirs d'enfants », confient-ils un peu plus tard. Et c'est très réussi. Ils font aussi de larges incursions dans la musique rock, le jazz, chantent Gainsbourg, reprennent un standard, chantent des polyphonies corses. Tout cela est prétexte à d'irrésistibles gags, comme celui ou le public entre dans la danse, mais aussi et par-dessus tout à faire de la musique.
Pour terminer, le Quatuor choisit l'émouvante Cavatine du Quatuor opus 130 de Beethoven. Le hasard n'y est pour rien : « C'est de là que nous venons ». Et cette conclusion est tout bonnement magnifique.
Éliane Faucon-Dumont, 31 décembre 2015