Clérambard
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RFIUn spectacle original sur un très beau texte de Marcel Aymé. Des acteurs sincères et généreux , une mise en scène nerveuse et efficace . Bref, un très bon moment.
Bruno  Daroux, octobre 2015


LHuma Noble ruiné, chien assassiné et miracle révélé
Jean-Philippe Daguerre met en scène avec tact cette satyre écrite par Marcel Aymé en 1950. Atmosphère de bourgeoisie décatie garantie et comédiens au tempo de l’époque.
Le comte Hector de Clérambard est un rustre d’une espèce rare. Noble quasi ruiné, ce personnage créé par Marcel Aymé en 1950 contraint femme, fils et belle-mère à tricoter des pulls de laine afin de gagner quelque argent, et il prend un malin plaisir (parfois pour les accommoder en cuisine) à occire chiens et chats qui se trouvent sur son passage. Tout cela dit-il pour éviter la déroute financière totale, mais les pulsions sadiques ne sont pas loin.
Dans un décor minimal et bien pensé, Jean-Philippe Daguerre, dresse une galerie de personnages plus vrais que nature, avec des comédiens (Franck Desmedt, Antoine Guiraud, Grégoire Bourbier, Isabelle de Botton, Séverine Delbosse, Hervé Haine, Romain Lagarde, Guilaine Londez, Flore Vannier-Moreau) qui sont tous à la bonne place, parfaitement à l’aise dans la langue de l’auteur qui a toujours su adapter le discours de ses personnages à la classe sociale concernée. 
Et la vie pourrait aller dans cette décrépitude, si Saint-François d’Assise ne s’invitait pas au salon. Le comte de Clérambard revêt alors la robe des mystiques, et jusqu’au formidable miracle final, s’emploie, avec des méthodes, certes de rustaud, à faire le bien, aussi bien en tentant de sauver la vie des araignées qu’en voulant marier son fils à une certaine Langouste, jeune prostituée de la localité.
Un auteur très populaire
Marcel Aymé, prix Goncourt en 1945, fut célèbre et populaire dès les années 1930, particulièrement après la parution de son roman La Jument verte qui lança véritablement sa carrière. Toutefois ses amitiés avec Robert Brasillach, Maurice Bardèche et Louis-Ferdinand Céline lui ont été longtemps reprochées. Clérambard, qui fut à plusieurs reprises monté au théâtre, par exemple trois fois à la Comédie des Champs Elysées, a aussi été adapté en 1969 au cinéma par Yves Robert qui confia le rôle-titre à Philippe Noiret.
Cette œuvre, une des plus connues de l’auteur d’une quarantaine de romans et nouvelles, et d’un peu moins de vingt pièces, aborde comme à l’accoutumé chez Aymé les marges du surnaturel. En brocardant particulièrement le représentant officiel (un prêtre des plus ordinaires) de la religion. Face à un Clérambard, que Daguerre n’hésite pas à qualifier de « fou de Dieu » qui au nom de sa foi toute neuve n’hésite pas à renverser l’ordre et la société qu’il adorait la veille. Alors, même si l’affaire est un peu longue à démarrer, on s’amuse, tout en entendant une petite musique qui s’interroge sur la religion, ses pouvoirs et ses dérives.
Gérald Rossi, L'Humanité, 1er décembre 2017


SpectacleSélectionLe comte est odieux et méchant avec ses proches, sadique avec les animaux. Et il est ruiné. Les femmes se résigneraient donc à une alliance dans la famille d’un parvenu très riche. Brusquement survient le saint, que Clérambard est bien le seul à voir. Touché par le miracle, il prétend désormais en imposer l’enseignement à son entourage, s’entiche des araignées, rêve de dénuement. Même tyrannie, même zèle. Epouse et belle-mère le décrètent fou, surtout quand il refuse de marier son fils au bon parti qui réglerait ses dettes. Certes, la fille est laide à faire peur, et le rejeton, niais et terrorisé, adore la gourgandine du village, affriolante et mutine. Toute décence jetée aux orties, le mariage est projeté par le nouveau zélateur, le fils découvre les joies de la chair, mère et belle-mère rivées à leur noblesse crient à la mésalliance. Le vaudeville matrimonial vire au délire mystique et collectif.
De cette invraisemblance jubilatoire, les acteurs, qui manifestement y prennent plaisir, offrent une fantaisie débridée, la farce se joue dans une frénésie à laquelle nul ne peut résister. On tricote, on s’agite sur le lit de la luxure, l’allégresse ne masque aucunement la férocité de la charge que Marcel Aymé déploie contre les préjugés sociaux et religieux et nul n’en sort indemne.
Un excellent moment de théâtre.
A.D., Lettre n° 443 du 6 décembre 2017