Madame Bovary
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FigMag4 coeurs Après l'adaptation au cinéma de Sophie Barthes, sortie le 4 novembre, Emma surgit sur scène dans une version originale et assez inattendue, mais fidèle à Flaubert. Et puis, quels talents !
Résumé sans précaution, ce spectacle pourrait inquiéter les admirateurs d'Emma Bovary. Ceux qui aiment le personnage et ceux, bien sûr, qui admirent l'œuvre de Gustave Flaubert et son écriture magistrale.
En effet, sur la scène du Poche-Montparnasse, on découvre, devant un fond qui représente un immense champ de blé, quatre chaises au pied desquelles sont posés des instruments de musique. Une guitare, un violon. Plus tard, on verra surgir un harmonica.
Voici les interprètes. Ils sont quatre. Ils seront tour à tour narrateur ou interprète. Un garçon qui a l'air vraiment très jeune - et qui l'est ! - Félix Kysyl, le benjamin qui joue notamment Léon. Deux hommes, Gilles-Vincent Kapps qui cosigne la mise en scène et a composé la musique, à la fois discrète et essentielle dans cette production, et incarne, entre autres, Rodolphe, assez cynique et très fuyant. Et puis David Talbot, qui est Charles Bovary, aimant, maladroit, dominé, dépassé. Voici Emma, pulpeuse et heureuse beauté, Sandrine Molaro. Une brune épanouie au sourire éclaboussant que l'on applaudit également chaque lundi soir (lire nos éditions du Figaro du 17 novembre) dans Robert le diable, cabaret littéraire élaboré par Marion Bierry en hommage à Robert Desnos.
Dans une forme légère
L'auteur de l'adaptation de Madame Bovary est un écrivain belge, Paul Emond. Il est l'auteur de pièces et d'adaptations littéraires. Il avoue lui-même avoir eu quelques scrupules à transposer le roman magnifique sur scène, dans une forme légère, elliptique, qui ne sacrifie pas les faits, mais ne peut rendre compte de la densité et de la transparence de l'écriture de Gustave Flaubert.
«Qu'auriez-vous fait à ma place ?», interroge-t-il, vaguement inquiet. Quatre acteurs, et tous ces personnages ! «À vous d'inventer une dynamique théâtrale spécifique», dit Paul Emond, prudent !
Ne le cachons pas, on ne retrouve pas sur le plateau la complexité du roman qui orchestre les faits et les pensées, les descriptions et les analyses. L'alternance du récit et du dialogue donne une couleur plaisante à la représentation. Jusque dans la légèreté avec laquelle les quatre interprètes s'emparent et du matériau narratif et des personnages. Ce qui est plaisant, ici, ce n'est pas l'esprit de sérieux qui pourrait présider à pareille entreprise, donnant une allure solennelle à l'adaptation. Non, au contraire, l'insolence et la gaieté et même une certaine désinvolture donnent un ton très convaincant à la représentation.
Gilles-Vincent Kapps et Sandrine Molaro signent une mise en scène volontiers blagueuse qui n'étouffe ni l'émotion, ni les larmes, ni la cruauté. Ils aiment les porte-à-faux et font jouer les personnages des parents par le tout jeune Félix Kysyl, tout à fait épatant, encore élève du Conservatoire ! Gilles-Vincent Kapps et David Talbot dessinent avec fermeté les différentes figures qu'ils incarnent.
Dans le rôle d'Emma, débordant de rayonnante énergie, vivante et rêveuse mais ligotée par l'ennui, malmenée par les hommes, Sandrine Molaro est d'une délicatesse aussi subtile qu'une phrase de Flaubert.
Armelle Héliot, Figaroscope, 24 novembre 2015

LObsTirer – sans le mutiler – un spectacle d'une heure et demie du chef d'œuvre de Flaubert avec quatre chaises et un peu de verdure en toile de fond pour tout décor, c'est la prouesse accomplie par Sandrine Molaro, Gilles-Vincent Kapps, David Talbot et Félix Kysyl – excellent acteur dont les yeux tombants et le visage chiffonné évoquent le jeune Serge Reggiani.
L'adaptation de Paul Emond est futée. La mise en scène de Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps ne l'est pas moins, qui oscille entre dire et jouer. Ceux qui ne connaissent pas le roman auront envie de le lire; les autres, grand plaisir à en feuilleter le souvenir.
Jacques Nerson, 2 décembre 2015


pariscopeQuatre chaises, une table et quelques instruments de musique : il n’en faut pas plus à Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps pour vous proposer leur version du roman de Flaubert.
« Madame Bovary » en mode cabaret… Diantre, il fallait quand même oser ! Mais quand on a du talent et de l’audace à revendre, on aurait bien tort de se priver. Après tout, quitte à revisiter un classique, autant ne pas le faire à moitié et proposer une vraie relecture. Que les puristes soient donc prévenus, les deux metteurs en scène et leur adaptateur, Paul Emond, se sont accordés bon nombre de libertés sur la forme. Le fond, lui, demeure, à sa façon. Emma, ses déceptions, ses tourments, ses délicieuses attentes et ses espoirs déçus sont toujours bien là, mais la complexité du personnage s’offre sous un prisme beaucoup plus terrien, loin de tout romantisme évaporé.  Pas de langueur ici, du nerf, du rythme et de la vie par contre. Tout file au son des guitare, violon, harmonica et bandonéon. L’univers sonore et les créations musicales du spectacle ont été particulièrement soignés et c’est sans mal que le spectateur entre dans cet étrange bal. Les têtes tournent, mais on ne ralentit jamais la cadence, bien au contraire, on accélère encore et encore jusqu’au tragique dénouement. Sur scène, les comédiens, tous excellents, passent d’un rôle à l’autre, tantôt protagonistes, tantôt narrateurs, avec jubilation. Sandrine Molaro parvient à glisser un souffle de fraîcheur et de feu dans le regard plus que centenaire d’Emma et lui offre une modernité aussi éclatante que troublante. David Talbot est tout aussi formidable dans la partition du mari naïf et dépassé. Dans celle du cynique Rodolphe, Gilles-Vincent Kapps se révèle redoutable. Félix Kysyl, cocasse en odieuse belle-mère, ou plus touchant quand il enfile le costume du jeune Léon, n’est pas en reste…
Un bonheur de spectacle que vous n’avez décidément le droit de manquer sous aucun prétexte !
Dimitri Denorme, 9 décembre 2015

LesEchosEmma brûle les planches au Théâtre de Poche
« Madame Bovary », de Gustave Flaubert (1856), est un monument de la littérature française. Un pari risqué pour le Théâtre de Poche-Montparnasse, qui en a fait sa nouvelle production. Heureusement, le défi est relevé avec brio. Les metteurs en scène Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps installent les héros provinciaux dans un dispositif minimal. Quatre chaises sont installées face au public. En fond, un champ d'herbes hautes. On est dans un bal de l'arrière-pays rouennais ; le public est invité à se laisser conter l'histoire d'Emma Bovary, dont l'âme perdue hante encore les esprits. De petits riens fabriquent l'ambiance : le bruit d'une horloge marque la lourdeur d'un après-midi, un projecteur sur un groupe ébahi évoque les lumières du bal.
Devant nous défile l'existence d'Emma, son espérance d'une vie meilleure une fois que Charles Bovary l'aura épousée, l'ennui profond qui succède à l'installation du couple, l'obligation sociale de tenir le foyer et les romans, qui, seuls, constituent une échappatoire. L'oisiveté se transforme en perversité. Charles Bovary l'ignore : sa femme a des aspirations bien différentes de la vie qu'il lui offre. Jouant entre désir libertaire et corruption charnelle, cette création souligne toute la dichotomie du roman. La femme amoureuse, Emma, devient méchante. L'ennui se transforme en mépris. Elle attire son entourage dans une perte inéluctable. Les voix de la raison, de l'amour et des plaisirs coupables s'enchevêtrent dans son esprit lorsqu'elle rencontre d'abord Léon, puis Rodolphe, puis Léon de nouveau, pour qui elle ruinera son mari. Tout cela afin de vivre sa passion dévastatrice.
Loin des clichés
Subtilement interprétés, les personnages d'Emma, de Charles ou de Léon apparaissent loin des clichés. L'héroïne est incarnée avec force par Sandrine Molaro : elle fait d'Emma une femme mûre, émancipée, aussi bien qu'une égoïste, dépassée par ses ambitions sentimentales. On découvre par ailleurs Félix Kysyl, jeune acteur fraîchement sorti du Conservatoire, qui est tour à tour la mère de Charles et l'amant d'Emma. Dans un cas comme dans l'autre, il est étonnant de justesse et de profondeur. L'adaptation du texte de Flaubert par Paul Emond est convaincante. Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps parviennent à créer un bel équilibre entre tragédie et tendresse, humour et drame, en toute simplicité. Ainsi « Madame Bovary » se révèle sur scène tout aussi prenant qu'à sa lecture.
Hadrien Volle, Les Echos, 29 décembre 2015


ANousParis Un dispositif scénique minimal et des faux airs burlesques de comédie musicale servent une incandescente et passionnante Emma Bovary.
De deux choses l’une : soit vous étiez décrocheur scolaire assigné au dernier rang à l’incandescence du radiateur, et ce monument de la littérature française (1857) vous est inconnu, soit il est pour vous inoubliable. Adolescent, l’auteur-adaptateur Paul Emond a succombé à la belle Emma Bovary, puis aux sollicitations d’amis l’exhortant à porter à la scène le roman de Flaubert. Une gageure. En s’attelant à ce monstre littéraire porteur de tant de fantasmes, il ose une version originale d’une heure trente : un mix de farce normande et de cabaret brechtien irrigué par la langue acérée de Flaubert. L’idée : faire entendre en quoi la rage de vivre de cette provinciale du XIXe siècle est actuelle. Souffreteuse et éthérée Madame Bovary ? Non, une force brute, terrienne, ivre de littérature, d’évasion et de passion.
Bousculant les codes, les metteurs en scène Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps installent les protagonistes dans un dispositif minimal : quelques chaises, un fond champêtre, quatre comédiens bateleurs chargés de conter, incarner et chanter la grande épopée d’Emma Bovary avec quelques instruments à portée de main (guitare, piano jouet, violon, accordéon, harmonica…). Sans plus de cérémonial, on est prié d’entrer dans cet implacable traité des passions humaines ponctué d’intermèdes musicaux truculents. Alternant dialogues et monologues, multipliant les adresses au public, superposant les personnages, les saynètes se bousculent qui composent un formidable électrocardiogramme d’une société corsetée avec en bonus, une belle révolte romanesque contre l’ordre établi.
L’affaire est si alertement articulée et les comédiens-narrateurs si enthousiastes (Gilles Vincent-Kapps, Félix Kysyl ou Paul Granier, Sandrine Molaro, David Talbot) que l’attention ne retombe jamais. Madame Bovary questionne toujours notre propre capacité à l’audace.
Myriem Hajoui, À nous Paris, 8 janvier 2016
 

FigaroVersion épatante du grand roman de Flaubert. Virtuoses, ils passent d’une émotion à une autre, fidèles à l’esprit toujours et à la lettre. Drôle, instructif, divertissant. 
 

ElleRien de classique dans cette adaptation mais quelle beauté, quelle intelligence, quelle fantaisie ! Un portrait bouleversant, celui d’une femme avide de liberté, amoureuse de l’amour et bientôt terrassée par le chagrin… Un formidable quatuor d’acteurs. On se laisse séduire et émouvoir, avec l’envie immédiate de replonger dans Flaubert sitôt le rideau baissé. 
Anna Nobili, 24 décembre 2015
 

AvantSceneLa version de Paul Emond, sans rien trahir de l’intrigue, prend quelques libertés avec la lettre, mais nous livre un condensé original et rythmé de cette épopée. Autour de la figure de Madame Bovary, incarnée par l’intense Sandrine Molaro, trois comédiens se partagent tous les rôles avec une liberté de jeu et une subtile légèreté de ton qui emporte l’adhésion. On est pris dans la danse infernale de cette séduisante déchéance, et on se laisse délicieusement bovariser !

 
TeleramaSortir2T Une actrice, trois acteurs, deux guitares, un bandonéon, un violon, une bonne adaptation et c'est tout le chef-d'œuvre de Flaubert qui prend vie sous nos yeux. Ça commence en musique pour la noce d'Emma et de Charles Bovary. Les acteurs passent insensiblement du jeu au récit. Surtout, ils trouvent le ton juste entre drame et ironie, qui est celui de l'écriture de Flaubert. On rit des platitudes de Bovary, des illusions d'Emma, de la prétention d'Homais, de la petite vie à Yonville. Sandrine Molaro (Madame Bovary) fait comprendre avec finesse les aspirations à la libération de l'héroïne et les pièges dans lesquels elle se fait prendre. On est ému quand le couple sombre dans la tragédie. Le spectacle, entrecoupé de musique et de chansons, nous enchante et nous entraîne dans le roman de Flaubert sans un instant d'ennui.
Sylviane Bernard-Gresh, 27 avril 2016


PélerinMagCoup de coeur
Si Emma Bovary revenait aujourd'hui, quel visage prendrait-elle ? Une formidable réponse nous est donnée par Sandrine Molaro (nommée aux Molières) et ses compagnons de scène. Entre parties dialoguées et intermèdes musicaux (guitare électrique, bandonéon), le spectateur est emporté par ce spectacle fidèle à l'esprit du roman de Flaubert. A voir sans hésiter.
Catherine Escrive, 28 avril 2016
 

LExpressC'est la musique des mots que célèbrent Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps. De Madame Bovary il ne reste que la trame du livre, l'histoire de cette femme rêvant d'une vie mondaine et exaltée mais enferrée dans son quotidien provincial. Si ce spectacle est si réjouissant, c'est justement parce qu'on y célèbre l'amour du texte dans la joie et la bonne humeur, tantôt en chanson, tantôt en jouant des passages emblématiques du roman avec quatre excellents comédiens.
6 juillet 2016

IOGazetteC’est toujours un pari immense que d’adapter un chef-d’œuvre incontournable de la littérature. Tiago Rodrigues s’y est essayé cette année avec un succès relatif. Avec son « Madame Bovary », créé au Théâtre de poche en début de saison, la petite troupe menée par Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps a choisi un chemin moins ambitieux que celui du Portugais : pas de mise en abyme ici, mais un condensé plus ou moins linéaire du roman, autour d’une mise en scène à tendance cabaret burlesque.
Projet casse-gueule, qui aurait pu déraper, tant il est sur le fil auquel Flaubert tenait d’ailleurs tout particulièrement : « Toute la valeur de mon livre, s’il en a une, sera d’avoir su marcher droit sur un cheveu, suspendu entre le double abyme du lyrisme et du vulgaire », n’écrivait-il pas à Louise Colet en 1852 ?
Si l’on en juge d’après les souvenirs (vagues) qui hantent les têtes de nos écoliers, on n’aurait difficilement pu croire que les aventures intérieures d’Emma la neurasthénique fussent aussi comiques : étalon du roman psychologique, « Madame Bovary » fait ici l’objet d’une subtile recomposition fragmentée et modernisée du récit, autour du percutant texte de Paul Emond. L’ensemble est soutenu par des comédiens impeccables – mention spéciale pour la scène des comices agricoles.
Ponctué par des interludes musicaux improbables et drolatiques, le spectacle évite le premier degré, tout en restant au plus près de l’esprit de l’auteur, même si l’on y trouve tout de même quelques concessions à une légèreté parfois trop appuyée. Une jolie invitation, quoi qu’il en soit, à redécouvrir la prose de Flaubert, décapante et irrésistible, et à méditer sa verve : « On me croit épris du réel, tandis que je l’exècre. C’est en haine du réalisme que j’ai entrepris ce roman. Mais je n’en déteste pas moins la fausse idéalité, dont nous sommes bernés par le temps qui court. »
Mathias Daval, I/O gazette, 7 juillet 2016