Madame Bovary
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L'adaptation

Une écriture spécifique

Qu’auriez-vous fait à ma place ? Vous êtes amoureux d’Emma Bovary depuis qu’adolescent, vous avez lu ce roman pour la première fois ; vous écrivez des pièces de théâtre ; vous prenez plaisir, de surcroît, à faire régulièrement des adaptations ; et voilà que des amis acteurs viennent vous demander une adaptation du grand livre de Flaubert. Vous hésitez ? Oh non ! Vous répondez oui ! Aussitôt ! Vous vous jetez à l’eau !
Bien sûr vous savez tous les risques, bien sûr vous n’ignorez rien du « casse-gueule » de l’entreprise. Mais quelle importance ? L’envie est trop for te, le désir de vous y colleter vous taraude déjà, l’appel téléphonique à peine terminé, déjà vous reprenez le roman, cherchez par où y entrer, comment procéder…
Quatre acteurs ? Vous vous repassez le roman en accéléré sur votre écran intime : tous ces personnages…
Quatre acteurs et tous ces personnages ? Oui, excellent ! Car cela veut dire qu’il vous faudra trouver une écriture permettant à tous ces personnages de défiler dans le jeu de ce seul quatuor. Pas question d’imaginer du roman la moindre reproduction scénique de type « plan-plan ». À vous d’inventer une dynamique théâtrale spécifique. D ’arrimer l’incomparable écriture flaubertienne à un rythme qui appartienne à ce seul spectacle. Superbe défi ! Sur tout quand il s’agit en même temps de faire entendre en quoi cette histoire est toujours actuelle. En quoi la rage de vivre d’Emma est celle de tant de femmes d’aujourd’hui. En quoi le carcan dans lequel elle se débat est toujours là pour l’essentiel…
Quatre acteurs ? Bien ! Très bien ! Très très bien ! Plus la contrainte est forte, plus vous voilà poussé à l’invention. Auriez-vous sans cela imaginé de faire alterner dialogues et monologues ? De multiplier les adresses au public ? De chercher une succession de scènes qui permette aux acteurs de superposer les personnages ? D’écrire des chansons qui relient au monde d’aujourd’hui le contexte de Madame Bovary ?
De trouver encore d’autres façons de faire dont sur tout vous ne direz rien ici ? Tout en ne cessant de vous répéter : quoi qu’impose ce passage de l’ampleur romanesque au temps si restreint de la représentation théâtrale, le plus important sera de faire entendre la langue incomparable d’un des plus grands écrivains de tous les temps…
Dès l’adolescence (comme tant d’autres ! rien de plus banal, en somme !) vous étiez déjà, cher adaptateur, amoureux d’Emma Bovary ? Gageons qu’à l’âge bien mûr qui est aujourd’hui le vôtre, et grâce à ce beau travail d’adaptation que l’on vous a proposé, vous l’êtes davantage encore…

Paul Emond, auteur et adaptateur

La mise en scène

Une révolte romanesque
Madame Bovary est l’histoire d’une révolte romanesque contre l’ordre établi. Le combat instinctif, isolé, tragique, d’une femme qui refuse de se résigner à sa condition et cherche, quel qu’en soit le prix, à faire l’expérience sensuelle et exaltante d’une vie où figurent l’aventure, le plaisir, le risque, la passion et les gestes théâtraux.
Si nous nous emparons de ce « monstre littéraire » qui a nourri tant de fantasmes et de clichés, c’est pour le porter à la scène en un spectacle contemporain, actuel.
Pour rendre hommage à cette force de vie, cette capacité d’insurrection qui sont les semences de toute évolution humaine et sociale.
Pour donner chair à la sensibilité, l’ironie et la force poétique de l’écriture de Flaubert, qui nous parle de nous, hommes et femmes d’aujourd’hui.
Cette œuvre offensive, corrosive, questionne notre propre capacité à l’audace, à l’intégrité. C’est un miroir tendu à nos propres compromissions : à quel prix trouvons-nous l’équilibre entre l’absolu anarchique de nos idéaux et la soumission à la norme sociale ?
Avec Emma Bovary, nous interrogerons nos histoires intimes qui parfois se répètent, butent, se frottent aux mêmes impasses. Avec elle nous voguerons entre rêve et désillusion, entre fantasme et réalité, entre beauté et laideur, entre trivialité et héroïsme. Avec truculence et fantaisie, nous ferons le croquis des personnages qui l’entourent, la jugent, l’isolent, toute cette petite société bien-pensante, si tristement grotesque, qui se débat avec son époque.
Sur le plateau, lieu de résistance où l’on peut pour une heure « s’imaginer autre que ce que l’on est », avec nos instruments de musique, notre imaginaire, nous fabriquerons des paysages avec peu, et envelopperons notre héroïne de ce vent de fraternité propre aux aventures de théâtre, pour faire apparaître un cabaret mélancolique et envoûtant où se produira l’illustre créature de Flaubert…

Un univers musical
Le récit de l’épopée d’Emma Bovary sera soutenu par la musique jouée en direct par les comédiens qui, comme des bateleurs, seront également chanteurs et musiciens. L’adaptation de Paul Emond intègre en effet plusieurs chansons, parties intégrantes du récit. Les instruments seront toujours à portée de main, comme autant d’accessoires : guitare, piano d’enfant, violon, accordéon, harmonica…
La pièce s’ouvre sur la noce campagnarde de Charles et d’Emma, sur une chanson que l’on reprend en chœur comme un air populaire. Elle se conclut quand, à leur mort, leur fille Berthe est envoyée dans une filature de coton, à l’aube de la révolution industrielle.
La musique, dans le choix des styles et des sons, suivra cette évolution, de la ruralité à la vie urbaine, du soc de la charrue aux machines industrielles, tout en gardant toujours des accents de « road-movie », de grands espaces, comme un appel au voyage, en écho à notre Emma qui rêve incessamment d’évasion, de grands voyages dans des pays lointains…
Par un travail cinématographique et précis sur l’univers sonore, nous ferons surgir des images fortes chez le spectateur, en sollicitant son imaginaire, en le projetant, avec une économie de moyens scéniques, dans le réel des situations : un bal, une fête agricole, une chevauchée en pleine forêt dans la chaleur de l’été, autant d’expériences sensorielles qui seront soutenues à la fois par la musique et les ambiances sonores.

Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps, metteurs en scène