Le sentiment, vous dis-je...
SCHWARTZ, UN TON JUSTE ET GRAVE
Ce ne sont pas toujours les plus grandes affiches qui nous font passer les meilleures soirées.
Dans le même genre «pas de chichis et il y en a pour tout le monde», Rutabaga Swing (...) est également réussi et drôlement enlevé. Mine de rien, l'auteur Didier Schwartz nous dit beaucoup de choses, justes et graves, sur l'Occupation et sur les mentalités des Français à l'époque. Sa pièce est une variation populaire et légère autour du thème du Chagrin et de la Pitié, dans une tonalité nostalgique, tendre, morale et divertissante. Le public marche à fond devant cette imagerie excellemment animée par Philippe Ogouz. Au départ, la musique et la chanson devaient prendre une place importante dans le spectacle, ce qui est une jolie idée. Il semble que cette part ait été réduite, pour donner au texte sa vraie portée et son sens. De fait, le drame est là, avec ses rebondissements, sa dimension humaine et sa valeur historique et sociale, sous une forme didactique élémentaire, théâtre populaire oblige, mais sincère et très vivante.
Le spectacle devrait faire un grand succès. Il joue beaucoup, lui aussi, sur l'émotion. Quelques bons acteurs, dont François Feroleto, Jacques Haurogné, la jeune et sensible Amala Landré, et surtout et bien sûr Bruno Abraham-Kremer qui, dans un rôle inattendu, s'en donne à coeur joie.
Philippe Tesson - Le 16 Septembre 2006
Une comédie festive truffée d’accents graves sur fond des chansons railleuses ou dramatiques de l’Occupation, en forme d’hommage aux héros ordinaires de cette période troublée.
« 1942. Bien sûr c’est la guerre, à Chambier comme ailleurs. » Mais dans le café de Madame Barray, on continue de chanter. Entre les airs de Georgius, Trenet, Chevalier, Léo Chaliac, Raymond Legrand, Hans Leip, Jacques Larue et André Claveau, chacun défend âprement ses idées et le débat s’organise entre révolution nationale et résistance, fidélité au Maréchal et soutien au Général. Et lorsque, un soir de septembre, se retrouvent au café un officier allemand et un fuyard condamné à mort, la fièvre monte entre les choristes… Philippe Ogouz, qui a déjà abordé avec une belle finesse spectaculaire cette période cruelle et difficile, a choisi de l’affronter à nouveau, entre humour et émotion, en confiant à Didier Schwartz l’écriture d’un spectacle osant le divertissement sans la caricature. Entre chansons et comédie transparaît donc la gravité terrible d’une époque au masque de tragédie, en un spectacle servi par des comédiens-chanteurs jubilatoires et alertes.
Catherine Robert - Le 12 Septembre 2006
Courez applaudir « Rutabaga Swing » !
EN CE TEMPS-LÀ, on mangeait du rutabaga et de jeunes zazous dansaient le swing. C'était l'Occupation. Rien de vraiment folichon ! Et pourtant l'on chantait...
C'est même ce qui a donné à Philippe Ogouz, alors totalement investi dans l'évocation de la grande rafle du Vél' d'Hiv', l'idée de cette pièce que Didier Schwartz a écrite mais qu'Ogouz a tenu à mettre lui-même en scène. Et avec quel talent ! Il n'était pas si facile, en effet, de faire rire, chanter et danser ses interprètes tout en respectant le climat d'une époque marquée par la faim, la peur, les discriminations raciales, les arrestations arbitraires et la confusion des esprits. Une époque où l'on ne pouvait se fier à personne, chacun avançant masqué, se taisant ou modulant ses propos en fonction des opinions prêtées à son interlocuteur. Dans les faits, c'était tragique. Mais au théâtre, cela pouvait générer des quiproquos dignes d'un vaudeville. Attentat, otage, évasion et chansons « Rutabaga Swing » a su tenir un juste équilibre en jouant la carte du rire de situation, un peu provocateur mais jamais blasphématoire. Dans le bar d'un petit hôtel de province, cinq habitués se retrouvent pour cancaner et répéter un spectacle musical. Mais voici qui va alimenter leurs conversations : un client de l'hôtel, pris en otage à la suite d'un attentat, doit être exécuté à 20 heures si le terroriste n'est pas retrouvé. Dans le même temps débarque un officier allemand muni d'un billet de réquisition. Une seule chambre est disponible : celle de l'otage. Qu'arrivera-t-il si celui-ci, au terme d'une spectaculaire évasion, vient se réfugier dans sa chambre ? Disons le tout de suite, rien de ce que l'on peut raisonnablement imaginer... mais soyez assurés qu'il y aura de l'imprévu, du suspense, des dialogues révélateurs et des mots pour rire, le tout assorti d'évocations musicales très réussies. Les comédiens sont épatants et chantent joliment. C'est un succès !
André Lafargue - Le 8 Septembre 2006
L'air du temps, passé et présent
Les mutations d'une société pourraient s'évaluer à travers la nature du rire et l'esprit de ses chansons. La pièce de Laurent Schwartz, « Rutabaga Swing », s'appuie largement sur les airs et les blagues de l'époque pour brosser un tableau plutôt romanesque des années de l'Occupation. Trénet, Georgius, Maurice Chevalier et bien d'autres sont appelés à l'aide au cours de l'action pour trouver le tempo de ces temps troublés, où l'appétit de vivre prend des formes bien contradictoires. La pièce n'est pas seulement une trame, mais un vrai récit à rebondissements. Dans un café-hôtel parisien, en 1942, un officier allemand est imposé comme locataire par la Kommandantur. Une bande de jeunes se réunit là pour répéter un spectacle de chansons. Comme un vieil homme échappé d'un convoi pour la mort est aussi caché dans l'établissement, chacun est pris dans un double jeu et doit choisir son camp : musique de la vieille France ou swing, et plus encore Hitler ou de Gaulle ? L'auteur joue aisément avec les péripéties et l'effet de surprise.
On a beaucoup vu ce style de comédie au théâtre et au cinéma. Celle-ci n'innove pas mais tient la route, entre le drame intime et la tragédie mondiale, dans la mise en scène nerveuse et musicale de Philippe Ogouz. Les acteurs-chanteurs, Bruno Abraham-Kremer, François Feroleto, Amala Landré, Jacques Haurogné, Jacques Herlin, Marion Posta, savent jouer dru, façon film noir et blanc, et drôle, façon cabaret. Ça swingue bien dans les notes gaies et même dans les graves.
Gilles Costaz - Le 11 Septembre 2006
Au café de Madame Barray, situé dans Ie petit village de Chambier, les gens aiment se retrouver. Et bien que I'on soit en 1942 dans un pays occupé, en plein désarroi, la vie continue !
Rien n'empêchera Ie petit-fils Barray, Ie facteur, le bibliothécaire, Mlle Suzy et la petite Marie, de se rassembler tous les dimanches pour pousser la chansonnette... Jusqu'à ce qu'un jeune officier de la Wermacht débarque pour loger au café, en même temps qu'un certain Durieux, condamné à mort par les autorités allemandes. Alors, comme par hasard, les relations se tendent, les polémiques se réveillent, les amitiés se défont et les visages se dédoublent. Ils laissent place à une situation ambiguë, étrange, prometteuse de rebondissements heureux ou terribles, tels qu'ils se jouaient couramment dans la France de Vichy, et c'est là la grande subtilité de cette pièce signée Didier Schwartz, avec finesse et simplicité, Ie dramaturge mêle Ie tragique au comique.
D'un côté « rutabaga », il brosse une galerie de portraits sans angélisme des Français de I'époque, en touchant fort avec des sujets qui font mal, tels la collaboration, la délation, I'opportunisme. De I'autre côté « swing », il nous divertit avec une comédie joyeuse, pleine de rythme et de chansons, truffée de situations cocasses. Dans Ie joli décor conçu par Jacques Voizot et sous la remarquable mise en scène de Philippe Ogouz, nous nous laissons totalement gagner par la troupe. Amala Landré, Marion Posta, Emmanuel Curtil, Jacques Haurogné, François Feroleto, accompagnés par Ezequiel Spucches au piano, nous séduisent par leur jeu et leurs airs de Trenet, Chevalier, Larue..,
Quant à Bruno Abraham-Kremer et Jacques Herlin, ils sont excellents dans leurs personnages et nous servent deux numéros hilarants. Ne les manquez pas!
Lise de Rocquigny - Le 13 Septembre 2006
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