Département Musical - Atelier Théâtre Actuel

Comic Symphonic

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Libération

Marc Jolivet a la langue bien pendue. Du coup, il arrive de temps à autre qu'elle fourche, sur un mot, ou une syllabe. Mais c'est d'autant moins problématique que, le métier aidant, il parvient toujours à se tirer d'affaire. En outre, au vu des réactions des autres artistes avec lesquels il partage l'espace scénique, cela participe de la bonne humeur générale. Car pour ce qui est du one man show, stricto sensu, il faudra repasser.
Entente mutuelle. Humoriste reconnu, rompu au corps à corps avec le public, Jolivet a les idées larges. Celle-ci, par exemple, ne manque pas de cran puisque, à ses côtés, sont installés rien moins que les quarante musiciens de l'Orchestre symphonique de Lyon et leur directeur, Philippe Fournier. De cette connivence émerge un spectacle obligatoirement unique, parfois approximatif et débonnaire, mais aussi cordial et luxuriant. Marc Jolivet n'est pas un crack du cornet, pas plus que Philippe Fournier, un pro de la galéjade. Mais les deux réunis, offrent une combinaison de sketches symphoniques et d'interprétations sympathiques qui agissent par entente mutuelle.
Toujours accaparé par son engagement citoyen nappé d'écologie, Jolivet continue sa croisade pour un monde meilleur. Ce en quoi il y a du boulot, si l'on se réfère au pointage des fléaux «La baleine blanche disparaît, l'homme s'en fout, l'ours blanc disparaît...»; «attentat en Egypte, Darfour en feu, dictature en Biélorussie» ; «défloquage de l'amiante»... Scénarios catastrophe si préoccupants que le rire a souvent une fonction alarmiste qui, fatalement, passe par l'égratignement des élus maire de Paris et sa gestion cauchemardesque des transports, ministre de l'Environnement aux abonnés absents...
Le ton du spectacle oscille entre charge pamphlétaire et clownerie absurde ; tandis que la poésie s'immisce dans un hommage à Chaplin, où le globe terrestre finit par perdre sa rondeur pour une forme flapie redoutablement métaphorique. Refuge. Contrepoint, baume ou échappée, la musique représente, elle, un espace de créativité dans lequel il fait bon se réfugier. Sarabande de Haendel, Quatrième symphonie de Mozart, Septième de Beethoven ou bande originale d'Aladdin font plus que jouer les utilités, se prêtant volontiers au détournement quand un mégaphone s'en vient parasiter une interprétation («C'est mon grand-père qui m'a appris à en jouer, il était à la CGT», dit l'intrus) ; ou, clin d'oeil social appuyé, lorsque les musiciens quittent temporairement la salle à l'évocation du statut des intermittents du spectacle. Gilles Renault

Pariscope

Marc Jolivet a toujours plus d’un tour dans son sac à malice. Inventif, créatif, curieux, il aime aller se promener sur des sentiers nouveaux. Sa dernière création « Comic symphonic » est assez gonflée. Que peuvent faire ensemble sur scène un humoriste, l’orchestre symphonique lyonnais et le chef Philippe Fournier ? Eh bien, faire rire et faire entendre de la musique dans une symphonie où l’humour est la note tonique. Marc Jolivet, égal à son talent inénarrable, joue le rôle de l’Auguste, Philippe Fournier celui du clown blanc et l’orchestre donne le tempo. Beethoven, Bach et bien d’autres sont de la partie, mais aussi tout l’esprit de Jolivet. Cela donne quelque chose d’inhabituel et de très sympathique. Marie-Céline Nivière

Le Nouvel Observateur

C'est l'histoire d'un humoriste, créateur de l'« utopitre », contraction d'utopie et de pitre, qui rencontre un chef d'orchestre, Philippe Fournier. Le clown et le musicien marient sketchs et symphonies pour le meilleur et pour le rire. Le concerto pour mégaphone et la septième de Beethoven dans un fondu déchaîné.

Le Nouvel Observateur : Comment est venue l'idée de « Comic Symphonic » ?
Marc Jolivet: Il y a deux ans à Bobino, un type vient me voir après mon spectacle : « Bonjour monsieur, Philippe Fournier, je suis chef d'orchestre ; j'aimerais beaucoup inventer un spectacle avec vous. Je crois que l'on peut traiter l'actualité en direct avec un orchestre symphonique, ça n'a jamais été fait. » Je me suis dit : « Là, tu as un vrai barjot en face de toi.» Je lui ai donné tout ce que j'ai écrit. Trois semaines après, il était de retour avec des idées.

C'est-à-dire ?
M.J.: Ce qui excite Philippe Fournier, c'est de faire des choses que l'on n'a jamais faites. C'est un chef reconnu sur le plan international. Il joue dans les écoles, enseigne. Mais il déteste l'état d'esprit du petit milieu de la musique classique. Il veut la démocratiser. Mélanger un clown avec un orchestre symphonique, avec Beethoven, avec Schumann, non, ça ne se fait pas, on ne va même pas voir si c'est intéressant. Après un an de travail commun, je comprends mieux son besoin de mélange avec mon humour.

Le chef joue aussi la comédie ?
M.J.: Il voulait savoir s'il en était capable. Cela faisait partie du deal. Tu m'apprends à diriger - je rêve de diriger le concerto pour orchestre de Béla Bartók - et, moi, je t'apprends à faire le clown. Il a fini par jouer mon sketch emblématique, « le Digicode ». Quant aux musiciens, ils utilisent leurs instruments comme ils n'ont jamais eu l'occasion de le faire, par exemple pour faire des sirènes de voiture.

Comment le spectacle s'est-il construit sur le plan musical?
M.J.: Il a choisi les partitions, mais nous étions en phase. Plus ça sera shakespearien, wagnérien, dramatique et plus ce sera fort, plus l'équilibre se fera dans l'opposition avec le rire. Pour ouvrir, la Septième de Beethoven, c'est parfait, ça parle aux gens. Une de ses premières idées a été d'utiliser mon sketch de la caisse de tuiles, j'ai dit O. K., mais j'y allais à reculons. La façon dont il a placé la musique le renouvelle complètement. D'un seul coup je peux délirer, jouer avec les musiciens pendant vingt-cinq minutes.

Qu'est-ce que l'orchestre change dans un spectacle comique ?
M.J.: Il amplifie les choses. Imiter Villepin chez lui, tout seul, en train de piquer une crise sur le CPE, avec l'orchestre, ça prend une autre dimension. La musique classique amplifie le rire, ajoute de l'émotion. Au début j'étais sceptique. Je me disais : quand l'autre va attaquer derrière avec Wagner, les gens ne vont pas se marrer. J'avais très peur, je lui disais : « On mélange tout. Tu ne préfères pas que l'on joue chacun de notre côté, puis une ou deux chansons ? » Non, il ne voulait pas faire quelque chose de traditionnel. Son but était de tout mélanger. Il avait raison.

C'est un retour aux sources ?
M.J.: Je chante depuis vingt-quatre ans ; j'ai fait sept albums dont un tube, « le Fils d'Hitler ». J'ai commencé ma vie en chantant avec ma guitare le «Précis de décomposition», de Cioran. Quoi que je fasse après, ce spectacle est une énorme récompense, un cadeau pour mes 55 ans Jean-Jacques Chiquelin

Le Parisien

Marc a trouvé le bon tempo
22 h 30. La partition était parfaite. Hier soir, suivi par les quarante musiciens de l’Orchestre symphonique
lyonnais et leur chef Philippe Foumier, Marc Jolivet goûte aux plaisirs des rappels qui ponctuent la première de son nouveau spectacle, « Comic Symphonic ». Un drôle de show, bien troussé, réjouissant et parfaitement rythmé, où le comique effectue toutes ses pitreries accompagné par la musique.
A 21 heures pétantes, Marc Jolivet arrive en queue-de-pie blanc. Derrière lui, sur fond orange, les musiciens en costume noir ont entamé un Schubert : « la Jeune Fille et la Mort ». Pas gai, a priori. «  Ce sont des plombiers polonais, attaque d’entrée la vedette. Vous avez vote non à la Constitution européenne, ils sont quand même venus. » Le public se gondole, le premier violon aussi. Sur la scène, Marc Jolivet joue avec les morceaux de classique, s'exerce à la trompette, mime des situations en suivant les notes, fanfaronne avec la baguette de chef d'orchestre qu'il dispute à Philippe Fournier, clown au look de Bill Gates. Les musiciens jouent parfois seuls, quittent l’estrade pour la salle —« Une manifestation syndicale pour les droits des intermittents », s’amuse Marc Jolivet —, reviennent avec des lunettes noires pour un blues. Côté pupitres, on joue du Haydn, du Beethoven, du Mozart, ou le générique des cartoons. Côté rires, le roi de la soirée se moque des portables et tape sur les politiques. Le pas de deux, lui, fait danser fort bien les zygomatiques. Renaud Saint-Cricq

Zurban

La musique amplifie Marc Jolivet
La bouffonnerie est une arme redoutable. Surtout lorsque Jolivet et Fournier, son ami chef d’orchestre, y ajoutent sincérité et plaisir. Un cocktail efficace pour exploser de rire.

Zurban: D’où vient ce spectacle avec un orchestre symphonique de 40 musiciens. De votre part, cela surprend ?
Marc Jolivet: C’est Philippe Fournier, le chef d'orchestre, qui a eu cette idée. Quand il est venu me trouver pour construire ce spectacle, ça a été le stress. J’avais déjà chanté : L’Opéra de quat’sous de Weil et Brecht ou, plus jeune, Le Fils d'Hitler, mais le symphonique... Comme Philippe est d'une pédagogie sans borne, c'est venu presque naturellement On a passé deux ans à monter ce spectacle à Lyon. Avec 40 musiciens sur scène, il n’y a plus de nombril, c'est du collectif. La musique n’appartient a personne, elle est à tout le monde.

Sur scène, on voit 40 musiciens, un chef d’orchestre et… un clown acide et jovial ?
Philippe Fournier : L’idée de départ consiste à utiliser deux outils sonores : l’harmonie et le verbe.
M.J.: Ce qui est formidable avec Philippe, c'est qu'il fait monter quelqu'un du public sur scène pour lui apprendre le piano. En deux minutes, c'est incroyable, le type improvise et arrive à accoucher d'un son plutôt correct !
P.F.: On peut tout faire avec la musique. On a donc voulu montrer la manipulation qui peut se cacher derrière cet art. Celle de Walt Disney par exemple. Dans Aladin, le génie de la lampe chante du Gershwin, musique américaine par excellence. Et à votre avis. le méchant Jaffar, lui, il chante en quoi ? En arabe, évidemment

Avec beaucoup de rigueur musicale vous abordez sans concession l’actualité. Comment arrivez-vous à concilier ainsi jubilation et engagement ?
P.F.: C'est simple, on raille l'UMP avec un fond sonore wagnérien. On joue une synthétique 7eme symphonie de Beethoven en 3 min 50 au lieu de 45 min dans la version originale. Notre système abrège...
M.J.:Il y a aussi les sketchs du clown Paillasse à bout de larmes, de la terre qui se meurt...0n s’engage d’une manière ou d'une autre pour des problèmes urgents, comme l'écologie. Et puis, on bosse, on se marre. Philippe me rappelle à 1'ordre en bon chef d'orchestre qu'il est. Bref, on bande pour ce qu'on fait et c'est le principal non? Propos recueillis par Etienne Manchette

Affiche Comic Symphonic Affiche Comic Symphonic

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