Pour monter ce classique parmi les classiques, Xavier Lemaire a choisi une mise en scène enjouée, qui fonctionne bien. En insistant sur la comédie et la mascarade, il fait efficacement passer le texte de Marivaux et lui redonne sa jeunesse auprès de tous les publics.
L’action est transposée dans une époque indéterminée, peut-être les années 1950, dans un château à la campagne. Dans leurs jolis costumes (signés Brigitte Elbar), les riches propriétaires forment une société amusante. Raffinée, avec sa galerie de portraits pas piquée des vers, composée d’une jeune fille (Gaëlle Billaut-Danno) un peu trop gâtée, d’un père (Bernard Carpentier) classieux et débonnaire, d’un frère (Julien Cigana) railleur et précieux.
C’est l’image d’une noblesse de l’argent, qui a tout le loisir de s’inventer un jeu pour l’amour. Celui du travestissement, auquel ils se prêtent bien. La rencontre du tendre Dorante (Xavier Clion) avec la sensuelle et finaude Silvia, nous offre un fort joli duo.
Mais définitivement ce ne sont pas eux les héros de l’histoire. Revanche d’un Marivaux visionnaire, ici ce sont les valets qui dominent la pièce. Isabelle Andréani est remarquable dans le rôle de Lisette, pétulante et pas farouche, associée à un Arlequin des plus rustiques, Christian Dubouis. Avec leurs façons lourdaudes, volontiers grotesques, presque caricaturales par moments, leur duo est des plus piquants. Ils donnent le rythme à la pièce. Leurs répliques font mouche à tout coup. Et lorsqu’ils se laissent emporter par la farce des maîtres, au point de se prendre pour de véritables parvenus (style « bling bling » ?), on est hilare. Leur jeu impeccable nous réjouit, quitte à oublier quelques excès de gags proposés par la mise en scène. Lise de Rocquigny
Silvia et Dorante veulent être aimés pour ce qu’ils sont et non pour leur nom ou leur fortune. Ils proposent donc à leurs serviteurs Lisette et Arlquin de prendre leur place. Une pièce très connue et souvent représentée. Normal : c’est un chef d’œuvre !
Xavier Lemaire nous offre un bon spectacle : respectueux de l’œuvre, cohérent, toujours intelligent. Le spectateur y trouvera un vif plaisir. On lui reprochera, ça et là, quelques idées inutiles qui font écran avec les personnages, mais tout ce qui fait le génie de Marivaux nous parvient. Et puis la distribution est excellente. Jean-Luc Jeener
Spectacle sélection
Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux.
Mise en scène Xavier Lemaire avec Isabelle Andréani, Gaëlle Billaut-Danno, Bernard Carpentier, Julien Cigana, Xavier Clion, Christian Dubouis, Michaël Gaudeul.
Deux pères, amis de longue date, ont décidé d’unir leurs enfants. Orgon fait part de ce projet à sa fille Silvia tout en lui annonçant l’arrivée imminente au château de Dorante, son futur époux. Mais Silvia est une jeune fille libre d’esprit qui ne veut s’engager que par amour.
Elle prie donc son père de lui permettre d’observer son prétendant à son insu afin d’être certaine de ses sentiments. Elle conçoit ainsi le dessein de se faire passer pour Lisette, sa suivante, qui revêtira les habits de sa maîtresse et jouera son rôle. Attentif au bonheur de sa fille, Orgon en père aimant, accède à cette demande et s’en amuse même avec son fils Mario car son vieil ami l’a prévenu par lettre que Dorante a eu la même idée. Maîtres et valets vont s’approcher sous leurs habits d’emprunt, se jauger et se juger. A l’amour et au hasard de triompher !
Quelle merveille que cette pièce-là ! On a beau la connaître, l’avoir vue et revue montée dans des mises en scènes différentes, elle enchante de la même manière par la beauté de sa construction, de son propos et de son style. Les évènements et les rebondissements s’enchaînent au rythme des cœurs, la langue nous parvient dans toute sa pureté, passés simples, subjonctifs imparfaits ou passés coulant de source. Cette célébration de l’amour ravit. Les sentiments profonds de ses personnages en deviennent touchants, respectueux qu’ils sont des sentiments de l’autre, comme ce père qui place plus haut que tout le bonheur de sa fille, arguant du fait que « dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l’être assez », à l’instar de Madame Argante « La mère confidente » de sa fille Angélique. Ces œuvres de Marivaux se font l’écho des idées modernes de leur auteur, psychologue avant l’heure et amoureux de l’amour car, malgré les idées de Rousseau sur l’éducation, le XVIIIè siècle conservait encore des principes immuables et rigides qui seront encore observés les siècles suivants.
Xavier Lemaire joue merveilleusement avec ce marivaudage fin et délicat. La chambre de Silvia, le salon ou la ravissante cuisine, sont les décors astucieux d’une mise en scène vive et ludique. L’apparition épisodique du tableau est un jeu de scène original et amusant. Les costumes sont très bien étudiés selon la condition et le rôle que se donnent les personnages. Les comédiens se dépensent sans compter. Gaëlle Billaut-Danno, Silvia charmante et juste, Isabelle Andréani, Lisette plus vraie que nature, Bernard Carpentier, père aimant, Julien Cigana, frère facétieux, Xavier Clion, émouvant Dorante, sont excellents. Un petit bémol pour Christian Dubouis, Arlequin qui en fait un peu trop. La complicité qui unit les uns pour le bonheur des autres, la quête du bonheur pour tous, ont traversé les siècles sans se flétrir et sont autant de petites gouttes de fraîcheur dans notre monde devenu fou.
Agence France Presse
Dialogues excellents, personnages décapants et intrigues à rebondissements, le rire est au rendez-vous pendant deux heures.
© D.R.
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