L'Ecume des jours
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RegardEnCoulisseQue ce soit pour le théâtre ou pour le cinéma, adapter L’Ecume des jours de Boris Vian relève du défi. Le roman dépeint un univers absurde et poétique et laisse une grande place à l’imaginaire du lecteur qu’il est très difficile de retranscrire. Boris Vian invente des objets que chacun voit à sa façon, il fait vivre les décors. Le format théâtral ou cinématographique donne forcément une représentation définie voire réaliste de ces inventions.
L’intelligence de la mise en scène de Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps est d’avoir gardé cet imaginaire intact. Rien n’est montré, tout est suggéré. Le décor et les costumes sans être totalement neutres ont juste ce qu’il faut de détails pour créer une atmosphère particulière. Les accessoires sont quasiment inexistants, tout repose sur l’interprétation des comédiens.
Roxane Bret, Maxime Boutéraon et Antoine Paulin sont excellents. Ils sont tour à tour narrateurs et interprètent à eux trois tous les personnages du roman. Ils donnent beaucoup d’énergie sur scène, rendent le récit très vivant et sont très convaincants dans chacun de leurs rôles. Antoine Paulin arrive même à faire à lui seul un dialogue entre deux personnages d’une grande précision. Les personnages sont très bien dessinés et le passage de la narration aux dialogues se fait avec naturel.
Une musique envoutante complète le décor. Elle créé un habillage sonore dont les parties chantées sont un véritable prolongement des parties parlées.
L’Ecume des jours est un spectacle inattendu, drôle et émouvant qui plonge littéralement le spectateur dans le roman, une belle réussite.
Elma Débent, Regard en coulisse, 23 mars 2017


ScenewebL’Ecume des jours, une belle réussite
Après le beau succès de la Poupée sanglante d’après Gaston Leroux la saison dernière, le théâtre de La Huchette accueille une nouvelle adaptation musicale de roman : L’Écume des jours de Boris Vian. Moins dans un esprit cabaret que la création précédente, cette nouvelle production est baignée dans une forme d’étrangeté inhérente à ce roman aussi absurde que fascinant.
Plongeant immédiatement dans un univers langagier fantastique, l’adaptation est fidèle à l’ouvrage. Colin est dans la salle de bain et se prépare à accueillir son ami Chick, pauvre car ingénieur. L’un comme l’autre vont rapidement se retrouver pris dans des histoires d’amour invraisemblables avec Alise et Chloé, dans un monde où les inventions dingues sont la norme, où les chaussures repoussent et les canons fleurissent avec de la chaleur humaine. Des situations enfantines transposées dans des vies d’adultes, où la tristesse et la mort pointent à l’horizon.
Pour la musique, le choix a été fait d’instruments peu conventionnels. Une guitare électrique, un synthétiseur et un sampleur. Armés comme un « rock’s band », les musiciens oscillent dans leurs mélodies entre un concert de Fauve et un groupe de blues français. On est à mille lieues de La Poupée sanglante. Ce choix d’interprétation entre le slam et la chanson est curieux au premier abord, mais finalement bien adapté aux situations déclamées.
Comme tout décor, un papier peint pend en fond de plateau. Seules la musique et la lumière ornent la petite scène. Le sentiment délicieusement suranné qui se dégage de l’histoire contraste avec la jeunesse de la distribution. L’interprétation est espiègle, presque cartoonesque par moment. On rêve avec ces personnages hors du commun, enveloppés en leur compagnie dans un petit nuage rose.
Les mots sont bien là. La narration vécue par les personnages fait naître les images. On pense à Prévert, à Queneau, à toute cette poésie du XXe siècle qui parvient à produire de nouvelles images limpides par des mots inventés mais logiques. On ressort de la représentation conquis ! Après tout, comment Boris Vian, le jazz et la rue de la Huchette n’auraient-ils pas fait bon ménage ?
Hadrien Volle, Sceneweb, 24 mars 2017


PianoPanier« L’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre »
Le plus célèbre roman de Boris Vian au théâtre ? L’idée est étonnante et audacieuse. Dans le livre, l’importante place laissée à l’imagination permet de déambuler au milieu de nuages et de pianocktails, en compagnie de Colin, Chloé, Chick, Nicolas et Alize ; la perspective d’une version scénique peut sembler, a priori, peu envisageable.
Et pourtant ! Quelle adaptation que celle de Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps ! On voyage avec entrain et musique au cœur même de la poésie de l’ouvrage, au centre de cet univers futuriste, au sein de cette romance tragique et heureuse, drôle et dramatique. Les omniprésents et entêtants passages musicaux dynamisent et rythment le récit, encore énergisé par le jeu et la complicité des trois comédiens. Maxime Boutéraon est émouvant dans le rôle de l’amant impuissant et désespéré, Antoine Paulin successivement burlesque en Nicolas impassible et fidèle, touchant en Alize amoureuse et attendrissant en Chick passionné de Jean-Saul Partre. Mention spéciale à Roxane Bret, qui présente une hallucinante palette d’émotions : timidité, amour, ivresse, joie… c’est jusqu’au bout que la jeune fille sera forte et gaie.
« Je voudrais être amoureux, tu voudrais être amoureux, il voudrait être amoureux… »
Nous suivons donc l’émouvant parcours de quatre personnages hauts en couleur : Colin, Chloé, Chick et Alize. Entre ces protagonistes vont se nouer des liens partant de la plus franche amitié et allant jusqu’à l’amour éperdu et sincère. Comique, dramatique, attristante, amusante, mais surtout ode à la poésie, à l’imaginaire et aux sentiments humains, la surprenante épopée de ces jeunes d’aujourd’hui et de demain constitue sans doute l’un des plus célèbres romans du XXe siècle.
« Je t’aime aussi bien en gros qu’en détail »
Point fort de cette mise en scène : le parti pris de laisser une importante place à la narration et libre cours à l’imagination du public. Aucune des surprenantes inventions de Vian n’est montrée, permettant à notre imaginaire de se développer très facilement, de nous sentir à l’aise au cœur de l’intrigue, de l’amitié et de l’amour caractérisant le texte.
Alors, oui, il faut se ruer au Théâtre de la Huchette, à la rencontre de la poésie, de la mise en scène tellement juste et des comédiens si prometteurs qui vous guideront vers un monde où l’on meurt d’un nénuphar dans la poitrine, où l’on assiste aux discours du célèbre Jean-Saul Partre, où l’on prépare ses boissons avec un pianocktail et où l’on fait son shopping à bord d’un nuage rose. Un monde rempli de musique : un monde où l’imaginaire, l’amour et l’amitié sont définitivement au pouvoir.
Nathan Aznar, PianoPanier, 3 avril 2017


FroggysNouveau défi - relevé - par la Compagnie La Fiancée du Requin avec cette transposition théâtro-musicale de "L’Ecume des jours", le roman-phare de Boris Vian, figure emblématique du Saint-Germain-des-Prés existentialiste de l'après seconde guerre mondiale, qui, tant pour la lettre que l'esprit et le style singulier, ne dénature pas l'opus l'original.
Aux manettes, le trio gagnant qui s'est déjà illustré dans ce périlleux exercice avec "Madame Bovary" reprend donc du service.
A l'adaptation, le romancier et dramaturge Paul Emond a élaboré une adaptation inspirée qui restitue la singularité d'un conte moderne placé sous l'égide d'un imaginaire surréaliste, de l'humour poétique, la pudeur des sentiments et d'un romantisme musséien.
Pour retracer tant un merveilleux amour, de surcroît allégorie de l'entrée dramatique dans le monde adulte, que l'univers d'un microcosme d'adulescents oisifs, celui de la jeunesse "zazou" des années 1945-1950 pour qui ne compte "que l'amour, de toutes les façons, avec les jolies filles, et la musique de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington", la partition, qui imbrique narration et scènes dialoguées, se déploie sur une grisante trame musicale.
Composée par Gilles-Vincent Kapps, elle se déploie donc sur une ligne donc résolument jazzy dans laquelle il opère une pertinente instillation de blues et de swing et de chansons originales au texte savoureux.
Il oeuvre avec Sandrine Molaro pour signer une mise en scène sans esbroufe mais époustouflante de simplicité et d'efficacité pour instaurer, comme indiqué dans leur note d'intention, "une dynamique imaginaire" permettant d'évoquer tant le charme nostalgique d'une époque mythique révolue, que la grâce et l'insouciance de la jeunesse et la passion intemporelle des histoires d'amour.
Le minimalisme de la scénographie d'Erwan Creff, en fond de scène, une cimaise de papier peint à l'imprimé vintage déchiré en son centre comme une stargate vers une dimension onirique, est combinée avec l'émérite travail de lumières de Laurent Béal.
Sans doute tout cela serait-il vain si, sur le plateau investi par une guitare électrique, un clavier et une boîte à rythme, n'officiait, en totale synergie, un épatant trio pour porter tant la narration, le chant et de la musique, que l'interprétation d'une pluralité de personnages et même le bruitage.
Car le grand atout de ce spectacle réside en la judicieuse et juvénile distribution en termes non seulement d'emploi et de polyvalence artistique mais de maîtrise déjà affirmée des fondamentaux de leur métier et de bienvenue fraîcheur de jeu.
En effet, avec plus d'une corde à leur arc et une belle présence scénique, Roxane Bret, Maxime Boutéraon et Antoine Paulin, s'avèrent excellents pour incarner les "extraordinaires" personnages vianiens.
M.M., Froggy's Delight, 11 avril 2017



MusicalAvenueL'Écume des jours offre un récit romantique et comique qui touche en plein cœur.
Le jeune et sémillant Colin mène aisément une vie de loisirs grâce aux cent mille doublezons que renferme son coffre-fort. Son ami Chick, ingénieur très pauvre (parce qu'il gagne moins que ses ouvriers), se passionne pour le philosophe Jean-Sol Partre dont il collectionne ouvrages et babioles coûteuses.
Quand Chick rencontre Alise, la jalousie de Colin est piquée au vif et il désire soudain ardemment faire lui aussi la connaissance d'une demoiselle. Il s'éprend alors de Chloé, qu'il épouse et pour qui il dépense sans compter. Lorsque l'insouciance juvénile verse peu à peu dans l'inconscience, le destin des trois protagonistes va prendre une tournure tragique : Chloé tombe gravement malade, atteinte d'un nénuphar qui pousse dans son poumon…
L'histoire de L'Écume des jours, bijou de poésie et d'humour confinant au surréalisme, trouve dans cette adaptation théâtrale un hommage sublime à l'œuvre de Boris Vian.
On se souvient de l'audacieuse version colorée et très cartoon qu'avait proposée le collectif La Bouée en 2009. C'en est le contrepied le plus total que nous offre actuellement au Théâtre de la Huchette l'équipe formée par Paul Emond (adaptateur), Sandrine Molaro (metteur en scène) et Gilles-Vincent Kapps (compositeur et co-metteur en scène).
Intimiste, leur approche de ce conte pour adultes est portée par seulement trois comédiens ravageurs. Roxane Bret en Chloé délicate et espiègle, Maxime Boutéraon en Colin frivole et idéaliste, Antoine Paulin en Chick passionné et dégingandé : la jeunesse et la beauté du trio n'a d'égal que leur talent, sidérant de fraîcheur et de justesse. Ensemble, ils tricotent scène après scène la partition d'une pièce de théâtre à la fois charmante, drôle, et philosophique.
La musique en fil rouge
Comme dans la vie et l'œuvre de Vian, amoureux fou du jazz, la musique tient ici un rôle permanent qui accompagne les protagonistes dans les moments tendres ou les situations ubuesques. Au style musical de prédilection de l'auteur viennent s'ajouter bruitages ou touches rock, trip hop et électro-swing, interprétées parfois en direct à la guitare, au clavier ou au sampler.
Mais plus encore que la musique, ce qui nous touche dans cette Écume des Jours, c'est la maestria avec laquelle est retranscrite la passion de la jeunesse. On se laisse totalement conquérir par l'indolence optimiste de Colin et l'amour ardent qui s'empare de lui et Chloé. Difficile de ne pas se reconnaître dans leur idéalisme coloré, dont l'utopie se heurte brutalement à la réalité d'un monde gris et impitoyable. C'est tout l'itinéraire de nos rêves d'enfants, nos espoirs d'adolescents, nos déconvenues et nos désespoirs d'adultes que les héros de cette aventure romantique suivent à vive allure, jusqu'à leur perte.
Vouloir redonner au monde des teintes chaudes, repeindre nos vies en "jaune avec des raies violettes" : L'Écume des jours nous relâche émus aux larmes, et plus que jamais convaincus que l'état actuel du monde réclame des kilos d'insouciance, d'idées folles et d'espérance.
Baptiste Delval, Musical Avenue, 7 avril 2017


CultureTopsRECOMMANDATION : Excellent
POINTS FORTS
- L’adaptation du roman est très réussie.
Elle met en évidence la dimension jazz de l’écriture, le goût de Vian pour l’improvisation, sa fantaisie et déroutante ironie, ses changements de tempo.
- La mise en scène dynamique et joyeuse plonge le spectateur dans cet univers poétique et surréaliste. Elle restitue en permanence le rythme rapide qui conduit l’histoire relatée, d’un bout à l’autre, et souligne, grâce à l’appui de la musique, l’humour, parfois noir, dont Boris Vian se sert avec délectation.
- J’ai particulièrement aimé l’atmosphère « très swing » (Duke Ellington entre autres) qui rythme les différents épisodes de la pièce, et inviterait presque le spectateur à entamer avec les personnages, quelques pas du typique « Bilagois », cette danse « Boris Vianesque », mélange de charleston et de swing.
- Les comédiens sont formidables. Chacun interprète plusieurs rôles, tantôt chanteur, tantôt narrateur ou musicien, passant de l’un l’autre avec brio.
Mention spéciale pour Roxane Bret que j’ai trouvée particulièrement touchante et drôle dans son interprétation de Chloé.
A la regarder avec Colin on ressent leur amour, leurs joies et leurs tristesses.
On est dans le roman.
EN DEUX MOTS ...
Un voyage poétique dans l’univers fantastique de Boris Vian.
Virgine Romefort, Culture Tops, 20 avril 2017


Webtheatre2 coeurs L’amour et le jazz
Quand, en 1947, à 26 ans, Boris Vian écrit son premier roman d’amour, il ne met pas ses pas dans les traces des autres jeunes chantres de la passion. Il s’amuse, il délire, il transforme la réalité, change les objets et les couleurs. Il déclare tout de go que, dans la vie, il n’y a que les jolies femmes, le jazz et notamment celui de Duke Ellington. A partir de cette conviction, il invente la rencontre de Colin qui s’éprend de Chloé, jeune femme rayonnante mais dont le poumon, malade, est occupé par un nénuphar grandissant. Colin entreprend tout pour sauver Chloé mais la mort aura le dernier mot. Colin survivra, mais si malheureux, si défait... Heureusement ils auront tous vécu, eux et leurs amis, dans le monde du jazz et au milieu d’un cercle intellectuel dont « Jean-Sol Partre » est l’idole ! 
L’écrivain belge Paul Emond n’a pas cherché à structurer vraiment le livre en pièce de théâtre. Il a structuré les épisodes, les interprètes content l’histoire et peuvent changer de personnages. Ils doivent aussi chanter, beaucoup. Dans un décor de papier peint découpé avec malice, Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps ont conçu un spectacle qui est plus un récital littéraire et musical qu’une représentation obéissant aux lois nerveuses du genre dramatique. La soirée […] repose avant tout sur ses acteurs-chanteurs. Roxane Bret, Maxime Boutearon et Antoine Paulin ont la jeunesse des héros du livre de Vian, une tendresse, une mobilité, une joliesse, une plasticité que l’on peut compresser en une seule formule : ils ont un charme fou.
Gilles Costaz, Webtheatre, 3 mai 2017

 

L'Echarpe rougeL’eau fraîche sous l’écume
Il est fort difficile d’adapter l’Ecume des Jours de Boris Vian. A l’univers fantasmagorique de l’auteur, où Colin, Chloé et leurs amis semblent évoluer dans une ville de songes et de cauchemars, s’ajoute la langue de l’auteur, la plus inventive depuis Alfred Jarry, et qui n’a pas pris une ride.
Les « doublesons » qui tintent dans les poches, les « peintureurs » et les « antiquitaires », les « enfants de foi » et le « pianocktail »… Les mots et les maux forment un engrenage fatal aux personnages…
Paul Émond a ciselé une version théâtrale si fine qu’elle parvient à se passer de tout accessoire et de tout effet. Le spectacle crée l’émotion en utilisant deux baguettes magiques.
D’abord la musique, de Duke Ellington aux Korgis. Ensuite la jeunesse, celle des trois interprètes : Roxane Bret, Maxime Bouteraon et Antoine Paulin.
Ils sont si enthousiastes à mordre dans leur vie de comédiens en herbe qu’ils nous feraient presques pleurer de ne plus être à cet âge-là. Ils vont traverser tout l’été à la Huchette, et c’est la meilleure nouvelle pour tous ceux qui chercheront à oublier la canicule dans la capitale…
Voilà, au fond, ce que Vian nous lègue et ce que nous offre ce spectacle : une jeunesse à rendre jaloux, une fraîcheur qui fait croire à tout ce qu’ils disent, une beauté si cristalline qu’elle porte elle la limpidité tragique du destin.
Christophe Barbier, Blog L'Echarpe Rouge, 17 mai 2017