La Louve
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À noter : Charles Lelaure succède à Adrien Melin et Cléo Sénia à Maud Baecker, qui interprétaient les rôles à la création et sont cités ci-dessous

FigMagLa Louve : c’est ainsi qu’on appelait Louise de Savoie. Elle était la mère abusive du futur François Ier que le roi Louis XII avait désigné comme son successeur s’il devait mourir lui-même sans héritier mâle. C’est ce qui advint, non sans que l’ambitieuse marâtre ait tout fait pour qu’il en fût ainsi.
De ce fait divers royal, Daniel Colas a tiré un spectacle pimpant, centré sur la terrible et pittoresque anecdote de la fausse grossesse de l’épouse de Louis XII, la reine Marie. Il sait faire, ce Colas – on se rappelle son célèbre Henri IV. D’abord il adore l’histoire et ses coulisses gaillardes. Il a lu Brantôme, il a à peine un peu tripoté la vérité historique, et il a troussé un texte vivant, déluré, intelligent, tout juste un peu bavard, dont il a fait un spectacle qui enchante le public. Il a un instinct théâtral étonnant. Avec quatre grands chandeliers, un simple miroir en fond de scène, de jolies lumières, des costumes épatants, il vous donne l’illusion que vous êtes dans l’Histoire.
Les comédiens ? Tous de bonne qualité et bien dirigés. Très typés. Aguerris comme Béatrice Agenin (l’école Comédie-Française), Yvan Garouel (la truculence), Patrick Raynal (la gravité), Adrien Melin (le charme), ou bien tendrons, comme Gaël Giraudeau (la fougue), Coralie Audret (l’élégance) et Maud Baecker (l’innocence). Un joli panel.
Philippe Tesson, 16 septembre 2016

ANousParisNote : 3/5 - Marignan 1515, ça vous parle ? Six mois avant la célèbre bataille, François d’Angoulême devient roi de France. Et pourtant, il a bien failli ne jamais l’être…
C’était oublier le rôle déterminant de sa mère Louise de Savoie (La Louve) prête à planter ses canines dans les noirs desseins de ses opposants. Si l’envie vous prend d’en savoir plus, cette croustillante comédie vous offre un petit cours accéléré d’Histoire de France. S’appuyant sur la "Vie des Dames galantes" de Pierre de Bourdeille dit Brantôme (célèbre chroniqueur du XVIe siècle), Daniel Colas nous relate cette difficile accession au trône avec une verve revigorante : brassant l’intime et le politique, l’auteur-metteur en scène nous introduit dans les alcôves du pouvoir, là où se joue une ronde parfaitement réglée entre l’exultation fugace de la chair et les chausse-trapes politiques. Pour dire les manigances, l’hypocrisie d’une époque figée dans sa gangue religieuse, Colas se passe d’euphémismes et les gauloiseries abondent. L’ensemble est instructif mais aussi formidablement vivant et incarné, très loin de la vision confite de l’Histoire inscrite dans vos souvenirs scolaires. Magistrale, Béatrice Agenin supplée une narration un brin relâchée en tenant chaque scène avec une rigueur sans faille. On savoure son duo-duel avec Patrick Raynal tout en variations (de la tendresse feinte à la vérité tragique) et ses intrigues avec Yvan Garouel qui joue en virtuose le bégaiement et la parole empêchée. A leurs côtés ? Toute une jeune garde au taquet : Gaël Giraudeau, Coralie Audret, Maud Baecker et Adrien Melin. La musique inspirée (Sylvain Meyniac) et le soin apporté aux costumes (Jean-Daniel Vuillermoz) achèvent de nous immerger dans ces petites histoires… qui fondent l’Histoire.
Myriem Hajoui, A nous Paris, 4 octobre 2016
 

SpectacleSélectionQuand il s’agit de s’arroger le pouvoir, tout est permis. Chaque époque l’a prouvé, et ce ne sont pas les seules armes de la guerre qui l’ont emporté.
1515, Marignan, la réponse fuse ! Certes, mais pour que François 1er gagne cette célébrissime bataille, il aura fallu que sa mère, la Reine Louise, dite La Louve, mène de dures estocades contre son fils d’abord, ce beau jeune homme partagé inéquitablement entre son appétit insatiable de la gent féminine et ses inconséquences de monarque. Car la concurrence est rude avec la Reine Marie, jeune veuve de feu Louis XII, lui aussi grand coureur de vertugadin. A la mort du roi, une naissance légitime est-elle encore à redouter? Supercherie, adultère, qui pourrait le dire ?
De tous ces lits, honorés ou pas, des séductions si chastement entretenues jusqu’au bégaiement de l’amoureux transi, s’élabore la trame d’un récit à rebondissements et mises en abyme, qui dévoile une facette gaillarde, voire paillarde, de l’Histoire, avant que la conclusion n’ouvre le pan plus officiel que raconteront désormais les manuels scolaires.
La Louve est tenace, subtile et rouée, François se montre d’une goujaterie qui laisse pantois, la Reine Claude, épouse disgracieuse, claudique, au propre comme au figuré, entre sa loyauté à l’infidèle et l’imperturbabilité à laquelle elle se contraint en dépit des couleuvres conjugales. Le fidèle et amoureux Grignaux bégaie de manière grivoisement suggestive. Dans le camp des méchants, la jeune veuve cache mal sa passion pour Suffolk, le bel arriviste. Et au centre du tableau, rôde la figure ténébreuse du Roi agonisant et politiquement libidineux.
La réussite de ce spectacle tient d’abord à l’entremêlement en anamnèse des époques, comme le chœur antique l’annonce au début. Toute lourdeur est évitée, dans ce récit complexe, par le dépouillement de la mise en scène. Seule la valse alternée des candélabres donne la mesure des temps, que quelques rares mobiliers viennent illustrer. Les costumes sont somptueux par les brocards et les découpes d’époque. Un camaïeu de noirs brillants et mats, parfois rehaussés de teintes chaudes, qui s’harmonisent avec la variété efficace du jeu des divers acteurs, tous bien à leur place dans cette fresque.
De quoi donner à chacun le goût d’une Histoire si intemporellement proche.
Article publié dans la Lettre n° 399 du 19 septembre 2016