Madame Bovary
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LeGrandTheatreAttention ! Il ne s’agit pas d’une transcription sage et pondérée du chef-d’œuvre mais d’une fantaisie légère dans sa forme, enlevée dans son rythme, audacieuse dans son esprit et qui doit beaucoup au talent des quatre interprètes, qui sont aussi musiciens.
C’est une version pour tréteaux à tendance cabaret.
[…] il y a tant de bonne humeur dans cette entreprise et tant de talents virtuoses sur le petit plateau du Poche-Montparnasse, à Paris, que l’on est certain que même les dévots de Gustave Flaubert en accepteront le principe et seront emballés par la représentation
Au commencement, il y a la complicité de Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps avec le Belge Paul Emond, auteur de pièces et d’adaptations littéraires.
Sandrine Molaro, qui est ici Emma et que l’on peut applaudir aussi (le lundi soir) dans Robert le Diable superbe hommage de Marion Bierry à Robert Desnos, a passé commande de la transposition de Madame Bovary.
[…] Une toile de fond (une photographie monumentale ?) qui représente un champ de blé, des chaises sagement alignées, quelques instruments de musique.
Il n’en faut pas plus au quatuor pour nous raconter sinon le roman, du moins ce que raconte Madame Bovary.
Gilles-Vincent Kapps (qui a composé la musique et incarne notamment Homais et Rodolphe) et Sandrine Molaro signent une mise en scène enjouée.
On passe d’un rôle à l’autre, on fait son miel des décalages - le très jeune Félix Kysyl joue les parents rigides mais aussi cet énamouré de Léon -, on s’empare d’une guitare, d’un harmonica, d’un violon et l’on se met à chanter, voire à danser ! Il faudrait être bien chagrin pour s’offusquer.
On est sous le charme.
Sans doute ceux qui aiment le livre s’amuseront-ils à en retrouver les épisodes marquants. Ceux qui ne le connaissent pas suivront l’action au fil des événements, des humeurs des protagonistes. Ce que l’adaptation ne peut rendre, le jeu le donne.
David Talbot est un Charles Bovary aveuglé et dépassé, Gilles-Vincent Kapps un Rodolphe cynique et fuyant, Félix Kysyl est cocasse ici, touchant là. Dans la partition d’Emma, pulpeuse, sensuelle, ligotée par l’ennui, Sandrine Molaro enchante et bouleverse. Applaudissez ! Mais aussi, relisez Flaubert !
Armelle Héliot, Le Grand théâtre du monde, 13 novembre 2015
 

Reg'ArtsEmma à l’accordéon, Charles au violon, Rodolphe à la guitare, Léon à l’harmonica : pourquoi pas ! C’est le pari plutôt réussi par Paul Emond pour l’adaptation et Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps pour la mise en scène du chef d’œuvre de Flaubert. Les puristes chercheront vainement le texte original ; les autres se diront que les principaux nœuds de l’intrigue sont là. Le tout servi par un quatuor d’acteurs aussi enjoués que généreux.
Emma, Sandrine Molaro, réussit à convoquer une palette d’émotions. Elle est rieuse et passionnée, extravagante et gourmande, mélancolique et rêveuse. Elle passe de la joie de se marier à celle d’avoir un amant avant d’être plongée dans la désillusion, parce que non, sa vie ne ressemble définitivement pas à un beau roman qu’elle se plairait à lire au coin du feu. Et pour cause, la pesanteur sereine de Charles l’étouffe. Ce dernier est interprété par David Talbot qui joue avec un enthousiasme divertissant le benêt cocu et suffisamment naïf pour pousser Emma dans la gueule du loup. Félix Kysyl et Gilles-Vincent Kapps, quant à eux, se glissent dans la peau de plusieurs personnages. Le premier passe aisément de la belle-mère revêche au Léon romantique et timide, tandis que le second est irrésistible en Rodolphe, le séducteur lâche.
Le décor est d’une sobriété efficace : quatre chaises de bois et en fond de scène, l’immense photographie d’un champ qui nous plonge de manière allusive dans l’ambiance somme toute bucolique du roman. C’est la façon dont l’histoire est racontée qui nous maintient en haleine : les acteurs sont tantôt personnages, tantôt narrateurs, tantôt musiciens. Monologues, dialogues, apartés, chansons alternent, ce qui surprend de prime abord tant le ton peut apparaître décalé par rapport au roman.
Pourtant, cette pièce est une bien jolie façon de (re)découvrir une des grandes amoureuses de la littérature. Elle constitue un prélude agréable à la lecture de Flaubert, dans le texte cette fois-ci.
Ivanne Galant, Reg'arts.org, 23 novembre 2015


TouteLaCultureMadame Bovary, pièce de théâtre de Flaubert, écrivain du 21e siècle
L’enjeu n’est pas si simple de nous emmener dans l’histoire classique et hyper connue de Madame Bovary et pourtant de nous surprendre. Le pari est gagné par quatre acteurs fantastiques.
Note de la rédaction : ★★★★
Nous sommes entraînés par quatre comédiens, quatre instruments de musique, un jeu joyeux et une mise en scène inventive dans la vie de l’épouse de Monsieur  Bovary. […]
L’adaptation de Paul Emond est réussie, la mise en scène est si bien faite qu’on se met à croire que Madame Bovary  a été écrit  en pièce de théâtre par un Flaubert né à la fin du 20e siècle. Les comédiens jouent une partition drôle et décalée (vue avec Félix Kysyl)
On retrouve avec gourmandise la description de la bêtise égoïste, sadique, vénale et crasse de la petite bourgeoise rouennaise, entre collusion de notables, mesquinerie corrompue et jalousie infâme mais contrite. Au milieu de l’ennui général, Emma est une femme moderne avec une hystérie moderne, finement interprétée par une géniale Sandrine Molaro. En miroir, l’hystérie masculine est tenue entre autres par Rodolphe (extraordinaire et drôle Gilles Vincent Kapps). Emma incarne le bovarysme du 21e siècle, entre recherche d’un maître et tristesse agressive de ne jamais être satisfaite, entre manipulation et soumission. La dimension moralisatrice du roman est abandonnée, nous sommes en 2015. Mais reste cette insatisfaction fondamentale. Madame Bovary en 2015 éprouve le vertige de vouloir être quelqu’un d’autre. Elle ne cédera pas sur son désir sauf à se suicider.
La pièce, très drôle, est une réécriture magnifique et contemporaine du roman de Flaubert, une révision non de l’intrigue, non des conflits psychiques, mais du contextuel.  C’est une réussite qui rend hommage à l’esprit du texte et à ce que Flaubert voulait rendre compte de l’âme humaine. Un hommage à la beauté du texte aussi. Dans le roman l’énoncé six mois et le mot souffle sont chacun écrit plus de quinze fois. Dans la pièce, Paul Emond fait dire à Emma dans une respiration triste : six mois passent comme un souffle. Si moi [Emma, je ne] passe [que] comme un souffle. C’est le souffle de l’hystérie féminine qui aura tenu le personnage d’Emma. Jusqu’à son dernier souffle.
David Rofé, Toute la culture.com, 23 novembre 2015

CultureTopsEmma Bovary au théâtre : beaucoup plus intéressant qu'au cinéma
Après une version récente, trop classique, au cinéma, du chef d’œuvre de Flaubert, Le Théâtre de Poche nous en propose une, aussi passionnante qu'audacieuse.
Points forts
1/ Quand on arrive dans le théâtre, une certaine inquiétude nous saisit. Quatre chaises en enfilade, une sorte de champs de blé naïf dessiné en fond de scène, on se dit : "Aïe, qu’est-ce qu’est-ce qu’ils en ont fait !" Quatre personnages, qui vont en jouer une multitude, entrent. Ils sont à la noce. A la noce d’Emma. Ils jouent du violon, de l’harmonica, de l’accordéon, ils chantent… Seule, Emma Bovary ne jouera que son propre rôle. Mais quelle belle nature ! Quelle générosité ! Quelle incandescence ! Et qu’elle est bien entourée par ces trois merveilleux comédiens !
2/ Excellente adaptation, très osée, du roman de Gustave Flaubert. On y trouve une galerie de caractères sinistres; tous les défauts de la nature humaine sont concentrés là ! On cherche vainement un peu de probité, un personnage sympathique… Même cette pauvre Emma est pitoyable !
3/ Cela se passe probablement de nos jours, mais qu’importe. D’ailleurs, rien ne rappelle le milieu du 19e siècle ! Ni les costumes, actuels, pauvres et province, ni la musique ! On se croirait à une fête folklorique, au milieu de nulle part… Ce qui est important, ce n’est pas quand ça s’est passé car c’est intemporel. C’est ce que l’on ressent. Et ce que l’on ressent, c’est qu’un drame se prépare. Emma vit dangereusement. Elle est charnelle à l’excès, elle est crédule, facile à approcher et à duper…
4/ La mise en scène est efficace. C’est créatif, c’est truculent, ça va vite, on passe d’une situation à l’autre, entraînés par la musique, on sent qu’on va basculer dans la tragédie avec Emma. C’est très bien mené.
5/ Excellent casting. Chaque personnage est remarquablement incarné par ces 4 comédiens et ce sont, en plus, de bons musiciens…
Points faibles
Puristes, s’abstenir, et encore… Un peu d’intelligence et d’ouverture ne nuisent pas !
En deux mots
On ne voit pas le temps passer. L’esprit de Flaubert est là. Sa belle langue aussi. On est content de voir qu’une adaptation, un peu dangereuse, d’un texte classique, peut ne rien trahir du fond, tout en réinventant la forme. C’est réjouissant… Voilà une version théâtrale, réalisée avec une économie de moyens, mais beaucoup plus intéressante que la version, très classique et sans surprises, proposée récemment au cinéma.
Recommandation : Excellent
Chantal de Saint-Rémy, Culture Tops.fr, 5 décembre 2105

 
LesTroisCoupsMadame Bovary, c’est eux !
Une adaptation séduisante du classique de Flaubert, mise en bouche par quatre formidables comédiens.
Une jeune femme mal mariée s’ennuie dans sa vie médiocre. Elle prend des amants, accumule des dettes, puis finit par se suicider. Présentée comme cela, l’histoire de Madame Bovary est intemporelle. On ne s’étonne pas, en ce sens, que le roman de Flaubert ait fait l’objet de multiples adaptations cinématographiques, de Jean Renoir à Vincente Minnelli. Le théâtre ne fut d’ailleurs pas en reste, puisque Gaston Baty « dramatisa » Bovary dans les années trente, déjà à Montparnasse. Plus près de nous, Elle brûle de Mariette Navarro, mis en scène par Caroline Guiela Nguyen, proposait une écriture de plateau fondée sur le texte de Flaubert. C’est désormais au Théâtre de Poche que Sandrine Molaro et Gilles‑Vincent Kapps ont monté leur Madame Bovary, dans une adaptation signée Paul Edmond.
Le dispositif adopté est minimal, et presque antithéâtral : trois acteurs, une actrice, quelques chaises, un fond champêtre qui change de temps en temps de couleur, peu d’accessoires, mais des instruments de musique. Point de bal à la Vaubyessard, évidemment, mais le souvenir chatoyant du film de Minnelli, reproduit par la diffusion de la valse névrotique de Miklós Rózsa. Dans cette Bovary-là, la bande-son est d’ailleurs omniprésente. Elle propose des citations parodiques (un soupçon de Rina Ketty, des airs à la Dolce Vita quand Emma se prend à rêver d’Italie, ce qui restitue idéalement l’ironie flaubertienne ; un clin d’œil à Francis Lai et au « Cinéma de minuit » quand les « héros » s’embrassent, comme dans un film – on voit donc que ce Madame Bovary intègre et digère intelligemment les précédentes adaptations). Elle fait aussi entendre des créations originales (la chanson provocatrice de Mme Bovary qui veut danser la polka, l’aubade séductrice de Rodolphe Boulanger, sorte de Jean‑Patrick Capdevielle perdu dans le bocage depuis trop longtemps). Ces courants d’air musicaux sont autant de respirations dans une mise en scène qui insiste à l’envi sur la sujétion qui accable Emma, présentée comme une jeune femme qui a le tort de vouloir vivre libre.
Dans sa version de poche, la Mme Bovary de Molaro et Kapps est enfermée dans la cage de scène. Elle est « encagée », également, par ces hommes qui la pressent et l’oppressent – un Lheureux multiplié par trois que font heureusement surgir les metteurs en scène quand le drame se resserre. Emma se dessine aussi dans un carré qui semble avoir été tracé par terre, et qu’elle parcourt de temps à autre, telle une jeune fille au bal exécutant bravement ses pas de danse, ou une bête de somme qui sans cesse martèle le sol, sans bien savoir pourquoi. Antithéâtral, au sens d’antispectaculaire, le dispositif n’en est en effet pas moins très habilement orchestré : pas un geste en trop, déplacé ou mal placé, mais une chorégraphie soignée, sans ennui, qui assure une transition fluide entre les scènes, et qui, surtout, fait résonner à la perfection chaque mot de Flaubert, lui donnant même un relief inattendu.
Le plaisir du texte
Cette Madame Bovary version théâtre ne change en effet pas un mot de l’original, et en restitue même toute la splendeur. On réécoute Flaubert en se disant qu’il luttait décidément en vain contre sa pente poétique, tant ses phrases « sonnent bien » – surtout en comparaison avec ce fadasse Lac de Lamartine que l’on peut réentendre ici, comme dans le roman, par contraste. Soucieux de se guérir de son « cancer lyrique », Flaubert coupait chaque phrase de façon chirurgicale – mais, sur scène, dans la voix haute et claire des comédiens, c’est bien un vrai poème qui se donne à entendre. Le texte de Flaubert s’évade grâce à eux de la gangue ironico-réaliste dans laquelle on le cantonne parfois : quand « Charbovari », ainsi, exprime sa détresse d’avoir perdu sa femme, ce n’est plus un imbécile qui s’en prend bêtement à la « fatalité », mais un humble qui parle avec ses mots de l’inhumaine douleur de la perte.
Si Sandrine Molaro compose la seule Emma (et Berthe, sa fille, dans ce qui constitue l’unique « écart » par rapport à Flaubert, variation dont on peut d’ailleurs questionner la pertinence), les autres personnages (Charles, Léon, Rodolphe, Homais, Lheureux, la mère de Charles, le vicomte, le suisse de la cathédrale…) sont distribués entre les trois acteurs masculins, qui prennent à leur compte les phrases de Flaubert, ou se font les narrateurs-chœur de l’histoire. Ainsi, la mère de Charles raconte l’épisode de la cravache perdue, ce qui lui donne un tour tout particulier. Le comique, le tragique, le pathétique, registres différents qui colorent subtilement le texte de Flaubert, sont de cette manière mis en valeur de façon extrêmement fine et intelligente.
Sandrine Molaro, dans sa composition d’Emma, fait le choix d’une interprétation habitée, hystérique, zulawskienne. À ses côtés, les trois autres déploient un jeu plus sobre, presque désincarné, extrêmement précis. Ces deux « jeux » ne jurent pas, mais mettent sans doute en évidence l’étrangeté intrinsèque de Madame Bovary, femme de passion égarée au milieu de monstres lucides et froids. La diction des acteurs, formés aux « grands textes » chez Périmony et au Conservatoire (de Paris ou de Strasbourg), est absolument impeccable, et on entend parfois les spectateurs flaubertophiles réciter en même temps les phrases du maître. David Talbot campe donc le Simple, bête à manger du foin, personnage à la Bourvil qui laisse entrevoir de tragiques abîmes – c’est sans doute le rôle le plus difficile. Gilles‑Vincent Kapps prête vie – entre autres – à la fois à l’affreux Homais et au non moins ridicule Rodolphe – son côté hâbleur fait merveille dans les deux cas, on est prêt à opérer un pied bot, ou à monter en selle avec lui pour une folle chevauchée ; quant à Félix Kysyl, jolie révélation du soir, il a la faculté vertigineuse d’incarner l’acariâtre belle-mère et, l’instant d’après, le rougissant puceau clerc de notaire.
Ennuyeux, long, indigeste, Madame Bovary ? Prenez votre adolescent ingrat sous le bras, avec sa lecture prescrite, et imposez-lui ce Madame Bovary-là. Gageons que, comme Emma, il en viendra avidement au livre, sinon aux livres. ¶
Corinne François-Denève, Les Trois Coups.com, 5 décembre 2015
 

WebtheatreVersion cabaret champêtre
Ce serait bien présomptueux que de prétendre transcrire ce monument de la littérature, ce style incomparable, moderne et classique, d’une intelligence étourdissante. Il faut prendre ce joli spectacle sans prétention comme une évocation enlevée du roman et de ses protagonistes. Le ton est annoncé d’ailleurs avec les quelques instruments de musique et les petites chansons qui égayent le spectacle. Avec pour seul décor, une immense toile représentant un champ de blé, probablement normand, les quatre comédiens campent les rôles principaux avec légèreté et un certain humour, une certaine distance avec les personnages. 
Gilles-Vincent Kapps, qui a composé la musique et signe la mise en scène avec Sandrine Molaro, incarne le pharmacien Homais, ami des Bovary, monsieur Lheureux, commerçant et escroc qui va mettre les Bovary sur la paille en abusant de la naïveté d’Emma, et aussi Rodolphe, le dandy et amant qui fait tourner la tête de la belle bourgeoise éprise de littérature et d’héroïnes romantiques. David Talbot, pull vert sans manches sur chemise blanche, est un Charles Bovary bonasse, amoureux de sa jolie femme et complètement aveugle et manipulé par elle. Ce soir-là, c’était Paul Granier (en alternance avec Félix Kysyl) qui interprétait Léon, le très jeune et maladroit clerc de notaire premier amant d’Emma. 
Le point de vue est très féministe et si on perd la substantifique moelle littéraire flaubertienne, si on ne mesure pas ici la puissance d’évocation de l’écriture, à quel point l’environnement est un miroir intérieur des personnages, on perçoit la violence de la critique de ce petit monde masculin peuplé d’hommes médiocres et veules. Flaubert est du côté d’Emma, pourtant critiquable dans ses égarements, prête à toutes les folies pour satisfaire ses désirs, jusqu’à en mourir pour échapper à l’étouffement social qui la menace, croit-elle. Le spectacle, généreux et bon enfant, file joyeusement sur la crête de la passion amoureuse, dominé par Sandrine Molaro qui campe une Emma pulpeuse, lumineuse, palpitante de désir et de vie pour celui qui saurait la faire rêver et la sauverait de l’ennui conjugal et bourgeois où elle s’étiole.
Le spectacle est un charmant divertissement qui donne envie de courir lire (ou relire) ce chef-d’œuvre absolu de la littérature française.
Corinne Denailles, WebTheatre.com, 4 avril 2016



LaGalerieduSpectacle[...] En littérature, au cinéma ou au théâtre,
Madame Bovary profite d’une résonance temporelle immuable. S’il est considéré, encore aujourd’hui, comme un chef-d’œuvre, c’est à l’esprit réaliste et visionnaire de Flaubert qu’il le doit.

Inspirée de Don Quichotte de Cervantès, le personnage d’Emma Bovary serait le double d’Alonso Quichano. Emma est une femme qui se refuse une résignation insensée à la condition sociale établie et qui se perd dans la poursuite des illusions et des chimères idéalistes inspirées par les lectures romanesques et rêveuses qui causent, très vite, son désenchantement, sa ruine et enfin sa mort.

Au Théâtre de Poche, la salle est truffée d’un public venu assister à une mise en scène [...] inattendue de Madame Bovary. Le décor se compose de quatre chaises, quelques instruments de musique et un arrière-plan de champs de blé. Le côté pastoral et rustique de l’œuvre est mis en avant. Mêmement, quatre acteurs occupent la scène : Sandrine Molaro dans un jeu fougueux et enflammé du personnage d’Emma Bovary ; David Talbot incarnant talentueusement son époux, l’innocent Charles Bovary; Gilles-Vincent Kapps dans le rôle de d’un Rodolphe exalté et enfin, Félix Kysyl interprétant plusieurs personnages tels que la belle-mère aigrie ou encore le jeune et doux Léon.

Le jeu des personnages est versatile et balaie l’aspect effronté de l’œuvre flaubertienne. Il se fait dans une atmosphère conviviale où ces derniers ne sont pas seulement acteurs mais aussi musiciens, maniant des instruments tels que l’harmonica, la guitare ou le piano. Cette fraicheur musicale apporte un côté festif [...].

[…] Ce choix de mise en scène de l’épopée de Madame Bovary au théâtre de Poche rompt avec nos prévisions de la représentation et propose une originalité certaine du jeu qui saura convaincre et séduire les amateurs des mises en scènes décalées et inattendues des textes classiques.
Lynda Meghara, La Galerie du spectacle.fr, 22 novembre 2015


ScenewebSi Madame Bovary m’était contée
La nouvelle coproduction du Théâtre de Poche-Montparnasse est l’adaptation du roman de Gustave Flaubert : Madame Bovary. On redécouvre ce texte splendide dans une mise en scène narrative et très prenante.
Quatre chaises au milieu d’un champ… La scénographie plonge immédiatement le spectateur dans l’arrière pays rouennais, si ennuyeux qu’il sera cause première de la chute d’Emma Bovary. L’adaptation de Paul Emond est fidèle au roman de Flaubert, se concentrant sur quelques figures et sans chercher à multiplier les personnages : on est dans l’essentiel. Une poignée de chansons, interprétées par les acteurs, voient des moments clés mis en vers. Cela ne nuit en rien à l’intrigue et cette « Madame Bovary » s’écoute comme un joli conte en-chanté.
La scène, réduite, du Poche et un dispositif de mise en espace minimal ont conduit les acteurs à se concentrer sur les expressions. Aucune ne manque et l’évolution est perceptible. Sandrine Molaro, qui interprète l’héroïne, traverse tous les stades et parvient à les faire vivre au public : l’espérance goulue d’un mariage fantasmé, la gène, puis la tromperie et la luxure. Elle exagère, jusqu’à abuser son mari débonnaire, et son désir de liberté lève toutes ses limites en matière d’égoïsme. Si tous les comédiens sont justes, on notera la performance de Félix Kysyl, passant sans encombre de la mère envahissante au jeune Léon, amant d’Emma.
Sur scène, l’ambiance pesante est faite de petits riens : une horloge à balancier qui résonne, une lumière, un groupe qui observe un grand bal par une fenêtre : on est sans cesse surpris. Si l’on partage la douleur et le désir d’émancipation libératrice d’Emma Bovary l’ennui, lui, ne reste que son apanage : du public, on ne voit pas le temps passer.
Hadrien Volle, SceneWeb, 25 novembre 2015
 

LaTheatrotequeMadame Bovary, le roman de Gustave Flaubert revu dans une version musicale conduite par un quatuor de comédiens cocasses et expressifs.
La scénographie de Barbara de Limburg, une invitation à rentrer dans la pièce à vivre d'une maison de campagne où la vie déroule ses secrets et ses surprises, ses tourments et ses bouleversements. Quatre chaises meublent l'espace en fond de scène et une table se détache dans un coin. Disposés ci et là, guitares, violon, ukulélé, accordéon et harmonica attendent patiemment d'être pris en main pour s'accorder à l'histoire de Madame Bovary.
François Thouret règlent les lumières sur les quatre comédiens qui se présentent à tour de rôle sur le plateau. La représentation durant, les jeux de lumières seront le cinquième élément indissociable de la mise en scène. Ils se posent avec pudeur dans les séquences romanesques vécues par Emma et ses amants. L'éclairage s'intensifie avec justesse aux situations controversées. La musique originale conçue par Gilles-Vincent Kapps, une partition qui alterne entre emportements amoureux et rêves, solitude et tragédie.
Les noces champêtres de Charles et Emma ouvrent les premières pages du récit. L'ambiance est légère comme la chanson qui libère des paroles entrainantes. Le couple semble promis à des jours heureux dans ce village où les gens vivent au gré des événements et des ragots qui animent les discussions. Charles et Emma donnent naissance à une petite fille Berthe, un drame vécu de l'intérieur par la jeune maman qui désirait vivement un garçon.
Emma Bovary passe ses journées seule dans la maison de son mari, officier de santé qui parcourt la campagne à visiter ses malades. La rencontre avec Rodolphe Boulanger, châtelain, métamorphose Emma. De jour en jour, l'amitié devient de plus en plus prononcée jusqu'au jour où la raison des sentiments les conduit à commettre la chose. Emma est une femme de cœur qui séduit aussi le jeune Léon Dupuis, clerc de notaire. La vie conjugale avec Charles est morose, ses amants lui ouvrent des perspectives sentimentales auxquelles elle répond par des dettes colossales enregistrées chez Monsieur Lheureux, le commerçant du village.
La vie est une romance qui décline le rêve en vers, la vérité en revers. Si la lecture du roman de Flaubert peut paraître fastidieuse, Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps ont su mettre en scène l'adaptation de Paul Emond en apportant une note personnelle contemporaine, fluide et enchantée. La tragédie des amours déchus vire à la révolte romanesque. La raison se pare en déraison, les sentiments muent en fantasmes, l'inconscience glisse en insouciance, la vie devient folie. La mise en scène se veut croustillante comme un vaudeville et fantasque comme une comédie.
Les comédiens rentrent de corps dans leur personnage avec une liberté physique qui repousse l'écriture de Flaubert vers un registre qui n'appartient plus à la littérature, mais au théâtre. Les amants jouent de leur personne pour prendre plaisir et chair avec Emma et usent d'intelligence pour ne pas franchir la ligne interdite. Gilles-Vincent Kapps, alias Rodolphe Boulanger, se montre cynique à souhait et son jeu en excelle. Félix Kysyl, en Léon Dupuis, est affectueux et généreux. Un jeune et beau talent. Sandrine Molaro, Madame Bovary, s'engouffre dans un rêve pervers d'où elle ne réchappera pas. Sandrine Molaro se révèle séductrice, flamboyante et impériale dans l'interprétation de son personnage. La comédienne joue avec le feu et les braises continuent de rougeoyer les applaudissements durant. David Talbot, Charles, est un époux modèle et c'est en comédien modèle et passionné qu'il se livre avec les constantes réglées sur le mode sincère pour jouer son personnage.
Philippe Delhumeau, Théâtrothèque.com, 24 avril 2016


PublikartUn classique réinventé avec bonheur
Madame Bovary prend vie sur les planches du Théâtre de Poche Montparnasse dans une mise en scène décalée et surprenante. Monument de la littérature française, le classique de Flaubert inspire régulièrement pièces de théâtre et longs métrages. Son intrigue ultra connue avec des personnages rentrés dans la légende peut-elle encore surprendre? L’exploit est de taille puisque quatre acteurs s’approprient l’esprit Bovary pour offrir une variation tragicomique étonnante de dynamisme.
Peut-on encore imaginer le scandale que représenta la parution de Madame Bovary en 1857 ? A une époque patriarcale où la femme bourgeoise se mariait pour tenir son intérieur avec des enfants laissés à une nourrice, les idées d’autonomie féminine et de liberté sexuelle semblaient être de la science fiction. La morale religieuse tenait lieu de convention sociale et si les hommes jouissaient de dérogations bien comprises, la femme bourgeoise devait accepter une vie engoncée dans une confortable monotonie. Flaubert imagine une femme qui dit non à son destin. Elle recherche le feu de la passion, l’exultation des sens, l’expression de sa sensualité. Ancêtre de la femme moderne, elle partage les mêmes aspirations sans pouvoir pareillement en jouir. Le drame final est inéluctable, comme écrit par l’esprit du temps.
Pour faire ressortir toute la puissance de l’intrigue, les quatre acteurs multiplient les rôles et les subterfuges. Si Sandrine Molaro donne des traits espiègles à Emma Bovary, David Talbot, Gilles-Vincent Kapps et Paul Granier se glissent dans les habits des autres personnages avec une truculence constante. La mise en scène minimaliste de Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps maximise la confusion des sentiments. L’ajout d’instruments et de chansons évoque les espoirs et les déceptions d’une héroïne bafouée avec une émouvante sincérité. Cette femme éprise d’exaltation ne connait que la trahison d’hommes qui abusent de ses aspirations. Et c’est en méprisant le seul homme réellement amoureux d’elle qu’elle se perdra. La maxime de la pièce est cruelle, le XIXe siècle conservateur n’accepte ni compromis ni échappatoire.
L’heure et demi de spectacle juxtapose chapitres comiques et scènes tragiques dans un tourbillon réussi. Nommée dans la catégorie de la révélation féminine aux Molières 2016, Sandrine Molaro porte le poids de la fatalité sur ses épaules. Les spectateurs font un triomphe final à une pièce divertissante et audacieuse, un vrai bonheur de théâtre.
Stanislas Claude, Publikart.net, 27 avril 2016
 

LE RIDEAU ROUGE - C'est au "Théâtre Actuel" que les quatre acteurs jouent aux chaises musicales avec la ferveur champêtre d'un ouragan qui va déferler sur une Emma aux lourdes paupières perlées de désirs confus, inavoués, refoulés.  
[…] Un jeu simple et efficace, sans fioritures, fait galoper à la poursuite d'aventures dansantes et vibrantes au rythme de la polka qui s'harmonise au souffle de l'harmonica. 
"Un long frémissement" court en fil d'écriture qui s'achève en agonie et en meurtrissures, 
"La fatalité" expliquant la démesure.
Béatrice Chaland, Le Rideau Rouge, 6 juillet 2016