Atelier Théâtre Actuel

Deux petites dames vers le nord

  • Accueil
  • Revue de Presse

Le Figaro
Tout commence au théâtre. Bernadette et Annette vont rarement au spectacle. Et surtout pas en ce moment, alors que leur mère est hospitalisée à Beaujon. Elles se relayent habituellement à son chevet. Mais c'est cette nuit-là qu'elle va passer, maman. Encore un coup assez ambivalent, non? D'ailleurs papa n'en est-il pas mort, lui, il y a déjà vingt-cinq ans…? La vie, quoi. Les vies minuscules pour petits drames quotidiens. Mais Pierre Notte, auteur de l'inoubliable « Moi aussi, je suis Catherine Deneuve », sait d'une situation simple faire une aventure épique. Cet auteur original compose des chansons, paroles et musiques (à déguster ici), et écrit des pièces alertes et terribles à la fois, tendres et caustiques, méchantes et vraies. Prises d'un désir impérieux, les deux sœurs vont tenter de retrouver la tombe de leur père qui est quelque part dans la banlieue d'Amiens.
Annette (Catherine Salviat) prend la direction des opérations jusqu'à voler un autocar… Bernadette (Christine Murillo) suit le mouvement non sans maugréer ni imposer mine de rien ses désirs. C'est un road-movie pour vieilles petites filles, subtilement costumées par Pascale Bordet. Avec quelques redites : les sœurs prennent le goût du risque automobile et des postes de police. L'élan, l'allant, l'entrain, les talents réunis l'emportent.
Écrite d'une plume vive, légère, acérée et tendre par Pierre Notte, la pièce est mise en scène, dans un décor futé d'Édouard Laug qu'habillent les lumières de Laurent Béal, par l'ultrasensible Patrice Kerbrat. Il a en partage avec ses amis le tact et l'insolence, le sens du profond et de la futilité. Murillo, moelleuse et douce, Salviat, nerveuse et allumée, deux sœurs de la vraie vie, complices accomplies, sont éblouissantes et nous font rire aux larmes.
Armelle Héliot

L'Express
Dans un espace gris pâle propice aux transformations rapides, deux petites dames se retrouvent embringuées dans un road-movie au long des paysages de Picardie, paysages secrets d’un passé dont elles ne se sont jamais parlé. Tout commence au théâtre, le seul soir de l’année où elles ne veillent pas leur très vieille mère qui en profite pour tirer sa révérence. Evoquer la mort, l’enfance, apprendre à s’accepter quand on est sœurs comme chien et chat, danser et chanter quand on a le cœur à pleurer. Joindre enfin le père te la mère dans la tombe afin de retrouver son unité perdue. C’est tout cela – et quelques longueurs au début - que Pierre Notte, l’auteur de cette tragi-comédie, jette sur le plateau, avec une délicatesse et un humour parfaitement relayés jusqu’à la tornade finale par le metteur en scène Patrice Kerbrat.
Sur les planches, Christine Murillo et Catherine Salviat. La gourmande et la sérieuse, la ronde et la sèche. Christine Murillo, la plus fragile sous l’apparence bougonne, la plus meurtrie, la plus râleuse, avec des pics de malice et des rires de gamine ; Catherine Salviat, qui plie mais ne rompt pas, l’audacieuse et la demi-folle, le feu ardent, l’énergie pure. Leur sonatine sonne merveilleusement juste.
Laurence Liban

Le journal du dimanche
Deux sœurs sont sur scène. Leur mère meurt. Les voilà qui partent sur les routes retrouver la tombe du père, elles ne savent plus exactement où… Sur ce temps-là, celui où la perte n’est pas encore tangible, où souvenirs, regrets et reproches refluent, où la liberté s’engouffre dans les relations familiales, Pierre Notte a écrit un texte léger et sensible, un peu mince, un peu facile parfois, jamais scabreux. Sous la forme de séquences brèves, un peu comme des sketches, les deux comédiennes, Catherine Salviat et Christine Murillo, sœurs dans la vie, embrassent leurs personnages, leur donnent une vigueur, une drôlerie, une humanité vaillante.
Annie Chénieux

Paris Match
Coup de Coeur : Détournement de vieilles filles
Pendant que leur mère rend l’âme à l’hôpital, deux sœurs agonisent d’ennui devant une pièce d’Harold Pinter. Pour une fois qu’elles sortent ces deux-là, c’est pas de chance. Le décès de leur maman les oblige à remettre leurs pendules non pas à l’heure, mais en arrière, pour remonter jusqu’à ce père, mort il y a vingt-cinq ans. Ça leur ferait plaisir qu’à titre posthume les cendres de leur père se mêlent à la terre de leur Pater. Mais elles ont oublié où est enterré le bonhomme. Seule certitude : c’est vers Amiens. Alors, la clope au bec et l’urne sous le bras, les petites dames s’emparent d’un bus municipal pour sillonner la picardie…
Cousines des Vamps, parentes des Bidochon, ces vieilles filles)là donnent un sacré coup de jeune au théâtre français. Après le remarquable « Moi aussi je suis Catherine Deneuve », qui lui a valu un Molière en 2006, Pierre Notte signe ici une pièce drolatique dont chaque saynète est une planche de bande dessinée. Remarquablement mis en scène par Patrice Kerbrat, son texte prend les couleurs du jeu inouï de Christine Murillo ou Catherine Salviat. Mais on n’est pas au café théâtre ni chez Bigard car même lorsqu’il chausse des charentaises, Notte a toujours une élégance folle. Ses mots sont comme des fleurs qui dissimulent les cercueils pour atténuer le chagrin. Derrière les rires qu’il provoque, à travers ses petites dames indignes, se profilent les ombres familières de la mort, de l’abandon, de la vieillesse et, tout simplement, de la condition humaine à laquelle nous sommes tous soumis, sans condition. En allant applaudir à vous en faire mal aux mains ces « Deux petites dames vers le Nord » vous ne verrez pas seulement le spectacle tragicomique le plus original du moment, mais vous serez les témoins privilégiés de ce que le théâtre peut encore offrir de mieux quand l’auteur, les acteurs et le metteur en scène forment un triangle parfait sans angle mort.
Alain Spira

Pariscope
Comme elles sont touchantes, marrantes, agaçantes, délirantes, émouvantes ces deux petites dames.
Elles vont à petits pas, à grande vitesse, à coup de gueule, à coup de rage, à grands éclats de rire, raconter leur histoire. Elles sont sœurs. Il y a l’aînée, Annette, toute fine, avec son bonnet gris. Quand elle s’angoisse, elle tombe. Il y a la benjamine, Bernadette, toute ronde avec son bonnet rouge. Quand elle s’angoisse, elle s’asphyxie. Chez ces « dames-là » on vit comme on peut. Et on comprend vite que « peut » ne fut pas grand chose. Elles viennent de perdre leur mère. Puisque maman n’est plus, elles vont rechercher la tombe de papa, mort depuis 25 ans, pour « l’embrasser et lui dire que maman est morte ». Pierre Notte, avec ses mots et notes, entre trait d’humour et brin de poésie, expose avec talent, de quelle manière ces deux sœurs vont tenter de se reconstruire après la mort de leur mère, dernier chaînon qui les retenait à une existence pleine de manque. L’auteur propose un puzzle constitué de saynètes. Rien ne se suit vraiment, mais s’emboîte, s’enchaîne. Il ouvre et referme le bal avec deux scènes exceptionnelles. La première tel un miroir se passe au théâtre. Elles assistent à la représentation d’un Pinter. Bernadette chuchote « On part », sa sœur répond « On reste ». La dernière, on les retrouve dans un bus au bord d’une falaise face à la mer, entre ivresse et fatigue, chantant à tue-tête « j’avance, je vais, je suis mon bonhomme de chemin, je souris et j’enfouis mes deux mains dans mes poches ». Mise en scène par un Patrick Kerbrat inspiré, un décor ingénieux d’Edouard Lang, lumière de Laurent Béal, costumes de Pascale Bordet, les « deux petites dames » vont et viennent sans jamais perdre le Nord. Et ces dames-là, Catherine Salviat et Christine Murillo, c’est vraiment quelque chose. Au théâtre, il y a un terme pour ça : « Monstres sacrés ». Véritables sœurs à la ville, elles sont à la scène complices, complémentaires et délirantes. C’est du très bel ouvrage qu’elles nous offrent. On ne peut que leur crier : bravo !
Marie-Céline Nivière

Le Parisien
Une belle complicité d’actrices
Patrice Kervrat n’a certainement pas perdu le nord en faisant appel à Catherine Salviat et Christine Murillo – anciennes sociétaires de la Comédie-Française – pour animer « Deux petites dames vers le Nord », délirant road movie théâtral imaginé par Pierre Notte. Les deux comédiennes sont suffisamment dissemblables pour incarner deux sœurs – ce qu’elles sont vraiment - et suffisamment complices pour jouer la mésentente cordiale. Les voici donc cheminant sur les routes en portant précieusement une urne contenant les cendres de leur mère.
Des cendres encore chaudes qu’elles se proposent de disperser sur la tombe de leur père, décédé une quinzaine d’année auparavant, dans un cimetière proche d’Amiens. Leur délicate attention donne lieu à des considérations diverses, assorties de quelques fous rires. Elle marque surtout le rapprochement de deux sœur à la suite d’un deuil qui prend des attitudes de libération.
André Lafargue

La Croix
la belle complicité de deux soeurs de théâtre
Sœurs à la ville comme à la scène, Christine Murillo et Catherine Salviat incarnent deux petites dames sorties de nulle part. Un très joli spectacle Pierre Notte, l’auteur de Deux petites dames vers le nord a exaucé le rêve secret de Christine Murillo. Pas si secret, d’ailleurs, puisque, en 2006, elle l’avait formulé en chansons, lors de la soirée d’adieux à la Comédie -Française de sa comédienne de sœur, Catherine Salviat. « Pourvu que quelqu’un de brillant et de charmant nous réunisse en même temps devant plein de gens. » Les voilà donc toutes deux sur la scène du Théâtre de la Pépinière-Opéra, à Paris, réjouissantes de complicité dans le rôle de deux sœurs, sorties de nulle part pour se rendre sur la tombe de leur père, alors que leur mère âgée vient de mourir. Sans jamais forcer le trait, elles tirent le meilleur de ce texte drôle et grinçant, qui alterne les situations cocasses et tragiques. Le plaisir communicatif qu’elles transmettent au spectateur est la meilleure preuve du bonheur réel que leur donne cette aventure commune. Les chamailleries, les petites piques faussement agressives qui émaillent leur conversation témoignent de leur lien profond. Bien davantage que de grandes protestations d’affection…
L’expression des sentiments est peut-être la seule (vraie) différence entre Christine et son aînée. « Moi, je dis les choses, je donne mon avis sur tout. Pas elle », s’amuse la volubile cadette. Et d’enfoncer le clou, en s’amusant de la pudeur de son alter ego : « Regardez, elle n’aime pas que je dise que je suis grosse, alors que toutes les deux, on est Laurel et Hardy ! » Grimace appuyée de Catherine, aussi discrète que fluette…
Avec finesse, le metteur en scène Patrice Kerbrat a su jouer de cette opposition de styles, affichant une prudente neutralité quand les comédiennes manifestaient leurs différences de caractère. « Catherine aime mieux les répétitions, je préfère les représentations. Elle veut savoir comment on joue une scène, moi pourquoi », assure Christine. Pourtant, depuis l’époque où celle-ci abandonna ses études de vétérinaire pour embrasser la scène, une même vision du théâtre – « nous nous ennuyons aux mêmes spectacles ! » – les réunit. Le métier les a rapprochées. Catherine Salviat était déjà entrée à la Comédie-Française – elle y est restée quarante ans – quand Christine Murillo a rejoint la troupe nationale. Dix ans durant, elles s’y sont côtoyées. « Parfois, nous avons joué dans les mêmes spectacles, comme L’Épreuve, de Marivaux, ou L’Œuf, de Félicien Marceau, mais jamais une pièce entière. » Elles sont heureuses que « la logique de Dieu », comme dit Catherine Salviat, leur ait donné un texte contemporain à défendre. Les libérant de toutes les références passées qu’elles devaient assumer à la Comédie-Française. Christine Murillo a quitté cette troupe il y a vingt ans, après y avoir brillé comme sa sœur, avec les plus grands metteurs en scène.
Puis elle a poursuivi une carrière à l’extérieur, marquée par un Molière en 2005 pour sa remarquable prestation dans Dis à ma fille que je pars en voyage, de Denise Chalem. Aucune ne manque jamais un spectacle de l’autre. « Mais on ne se donne jamais de conseils. » Est-ce si sûr ? « Au fond, c’est vrai, on se nourrit l’une de l’autre. »
Bruno BOUVET

Affiche Deux petites dames vers le nord

Réalisé par Absolut Créations