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Oscar et la Dame Rose

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Le Parisien

Anny Duperey, légère et grave

58 ans , Anny Duperey reprend le rôle créé par Danielle Darrieux de Mamie Rose, une dame qui rend visite à des enfants malades à l'hôpital. En racontant une légende à Oscar, 10 ans, condamné par une leucémie, Mamie Rose va lui faire vivre en raccourci toute une vie d'adulte.

Qu'est-ce qui vous a touché dans « Oscar et la dame Rose » ?
Le sujet semble a priori effrayant, mais Eric-Emmanuel Schmitt a réussi un miracle. Son texte recèle des vertus d'apaisement. On l'a joué cinq semaines à Orléans, et j'ai vu l'effet qu'il produisait sur le public. Les gens avaient les larmes aux yeux et, en même temps, ils me disaient « merci, qu'est-ce que ça fait du bien ! ».

Vous jouez à nouveau une maman idéale, comme dans la série « Une famille formidable »...
Après « Sarah », je ne voulais pas jouer encore une reprise. Mais quand j'ai lu le texte, je les ai remerciés d'avoir insisté. Eric-Emmanuel Schmitt voyait en moi sa dame Rose et son petit Oscar. Il n'a pas tort. Je reste une indécrottable enfant.

Est-ce dû à votre propre enfance, racontée dans votre livre « le Voile noir » ?
La petite fille orpheline de 8 ans est toujours là en moi. Jean-Louis Barrault l'avait bien compris, il me confiait au théâtre des rôles dramatiques, très violents. Le cinéma a davantage exploité le masque de la légèreté que je présentais. Ce sont deux facettes de ma personnalité.

Vos derniers livres aussi se sont bien vendus. C'est agréable d'être un auteur populaire ?
Je suis surtout heureuse que ça soit arrivé lentement, pas sur un coup d'édition. « Le Voile noir » se vend à 2 000 exemplaires par mois depuis quinze ans, il est étudié au lycée et dans certaines facs de psycho. Mais j'avais déjà publié deux romans avant, et les lecteurs les redécouvrent maintenant. C'est formidable.

Comment vivez-vous la célébrité ?
Je n'ai jamais eu aucun problème avec ça, y compris dans ma vie privée. Depuis mes débuts au théâtre et au cinéma, avec Popesco et avec Godard, j'ai toujours été plus ou moins connue, mais je ne me suis jamais sentie supérieure aux gens. Propos recueillis par Hubert Lizé

Le Figaro

Anny Duperey en son terrain sensible

Elle joue Oscar et la Dame rose, d'Eric-Emmanuel Schmitt. Une comédienne à la palette claire, qui donne éclat et chair à un texte qui évoque l'enfance et la mort.

UNE FEMME. Une belle actrice. Anny Duperey sait marier comme personne l'allure, le tempérament d'un personnage à la simplicité d'une femme qui ne se hausse pas du col. Avec elle, respirer sur un plateau semble couler de source. Elle y est comme chez elle. C'est cette complicité sans équivoque entre elle et la scène qui frappe d'entrée dans Oscar et la Dame rose. Le texte d'Eric-Emmanuel Schmitt revit sous les traits de cette grande brune, après avoir été créé par Danielle Darrieux. «Que la pièce ait été jouée ne me gêne pas. Au contraire, on saisit plus vite les temps forts, les faiblesses. Il a été défriché.»
Serait-elle abonnée aux reprises ? Pour sa dernière interprétation – Sarah, de John Murrell, aux côtés de Robert Hirsch –, elle succédait à Fanny Ardant. «C'est pourquoi dans un premier temps, quand Jean-Claude Houdinière et Loïc Volard m'ont proposé la pièce, j'ai été réservée. Je ne veux pas être une experte de la reprise. Mais, quand j'ai lu le texte, j'ai été séduite et terrorisée. Il réveillait en moi des douleurs passées.» Elle a écrit dans Le Voile noir une partie de ce passé qui la hante toujours. On sait que du jour au lendemain elle s'est retrouvée orpheline, avec sa sœur. «Il y a une vieille enfant en moi qui n'a pas pu grandir.»
Convaincue par le sujet, elle a choisi pour la mettre en scène Joël Santoni, le réalisateur d'Une famille formidable – «il me connaît comme personne». Avec Oscar et la Dame rose, qui retrace le parcours d'un petit garçon atteint d'une maladie mortelle et sa rencontre avec celle qu'il appelle Mamie Rose, Anny Duperey aborde un terrain sensible. «Après la première lecture, réalisée avec Joël Santoni, on était comme deux serpillières.» Mais elle sait que l'émotion doit être dominée en scène, et c'est sans cabotinage, avec une palette claire de sentiments, qu'elle joue ce texte, primé par de nombreux lecteurs qui le placent au niveau du Petit Prince.
«Parcours sauvage »
Elle a joué la pièce à Orléans, au Cado, avant sa reprise parisienne. Elle aborde les représentations avec calme, dans son appartement coloré, au cœur du quartier de Montparnasse. Un lieu où courent trois chats qui se glissent d'un siège à l'autre, se posent sur les genoux, confiants, en animaux habitués à la compagnie, au milieu de tableaux tachés de lumière. Des tableaux de Robert Savary, qui fut son professeur à l'école des beaux-arts de Rouen. «J'avais 15 ans et je partageais mon temps entre les beaux-arts et la classe d'art dramatique du conservatoire de Rouen. C'était un temps où on pouvait quitter l'enseignement à l'âge de 14 ans. J'étais condamnée au parcours sauvage, mais cela me convenait. Il y a des mômes qui ont besoin de fréquenter des chemins de traverse.»
Il est vrai qu'elle aimait lire et écrire. Ses professeurs ont recommandé à sa tante de l'inscrire au cours d'art dramatique afin qu'elle conserve le goût des mots. «Et moi, ça me convenait. Je pouvais faire l'andouille.» Elle ne manque pas d'humour quand elle parle d'elle. Elle n'a pas trop longtemps «fait l'andouille». Acceptée au Conservatoire de Paris, elle jouera vite les grandes héroïnes dramatiques. Elle quitte Rouen, les beaux-arts, découvre Paris. Jean-Louis Barrault et Jean Mercure seront ses bons génies, la révélant dans Jarry sur la Butte et La guerre de Troie n'aura pas lieu. De comédie (Un éléphant, ça trompe énormément, d'Yves Robert) en série télé (Une famille formidable), cette belle brune entre dans le cœur du public. Marion Thébaud

Le Journal du Dimanche

Anny Duperey fait l'enfant

Dans Oscar et la dame rose, elle incarne un petit garçon condamné par la médecine.

« Je peux enfin arrêter de faire croire que je suis une femme et jouer ce que je suis intérieurement, une enfant de 10 ans ! » On croit Anny Duperey sans hésitation. Il suffit de la voir incarner chaque soir, sur la scène du théâtre de l'œuvre, Oscar, le petit garçon du superbe conte d'Eric-Emmanuel Schmitt Oscar et la dame rose, pour en être convaincu. Un jeune malade condamné, que l'on regarde désormais comme « un obstacle à la médecine », un petit homme en devenir mais sans avenir dans une chambre d'hôpital où les seules bouffées d'oxygène sont les visites de Mamie Rose. Seule à oser la vérité et à rejeter la pitié, elle va accompagner l'enfant avec humour et tendresse, entre d'épiques récits de combats de catch où elle joue le premier rôle et des conseils de grand-mère sage et avisée. Tous les deux s'inventent un jeu où un jour passé équivaut à dix années parcourues, une jolie façon de vivre en raccourci toute une vie d'adulte avec ses joies et ses peines qu'Oscar, encouragé par Mamie Rose, va confier à Dieu dans des lettres quotidiennes.
Après Danielle Darrieux en 2003, Anny Duperey renoue le fil de cette correspondance, de ce monologue émouvant et drôle, en choisissant le parti d'Oscar. C'est bien à travers ses yeux et tout le talent de la comédienne, seule en scène, que prennent aussi chair Mamie Rose, les copains de couloir Bacon et Pop Corn, Peggy Blues son amoureuse, ou le très sérieux et désemparé docteur. Eric-Emmanuel Schmitt, qui voulait enfin voir son petit garçon, ne s'est pas trompé en pensant à cette jolie grande brune. Avec pudeur et entrain, jamais mièvre ni infantilisante, elle touche juste. « Le danger de ce texte, c'est qu'il est écrit sous la plume d'un enfant, avec son langage à lui, ses négations, mais si j'ai la tentation de me laisser avoir par le côté quotidien et gentil, ça va être tout petit. Ce texte, il ne faut pas le savoir, il faut le respirer. Il est bizarre, cahotant, sans vrai repère et sans suite, un vrai puzzle d'émotions. Un boulot énorme, mais quel cadeau pour une comédienne ! »
Ce n'est pas un hasard si elle a choisi, pour la mettre en scène, Joël Santoni, un ami de longue date, réalisateur, entre autres, des épisodes de la série télé Une famille formidable, qui les réunit régulièrement depuis une quinzaine d'années. « Il me fallait un frère, un miroir bienveillant et amical. Il a été orphelin au même âge que moi, il a ce truc-là, une énorme joie de vivre qui repose sur un trampoline plutôt grave. Ce texte colle assez avec ce que je porte en moi, cette part d'enfance, mais aussi cette pensée constante que j'ai pour les morts, balancée par une espèce d'optimisme et d'amour de la vie. Ce n'est pas personnel mais je peux y mettre beaucoup de choses. » Valérie Beck

Le Figaro

Après la grâce de Danielle Darrieux, le texte d'Eric-Emmanuel Schmitt Oscar et la dame rose trouve un nouvel accomplissement - et de manière très différente - avec la création d'Anny Duperey. C'est Joël Santoni, le réalisateur d'Une famille formidable, qui signe la mise en scène. Dans un sobre et élégant décor de panneaux qui coulissent imaginé par Pace avec ce bac rempli de joujoux, un peu de lumière (Hervé Gary), très peu de son, juste ce qu'il faut pour évoquer les enfants, la solitude de l'hôpital (Julien Dauplais), de la musique (Serge Franklin), l'histoire d'Oscar peut trouver son touchant épanouissement. Joël Santoni trouve la juste fluidité, le mouvement elle extériorise. Mais jamais dans l'excès. Ni de colère, ni de chagrin, ni de résignation. Mais dans une sorte de vaillance belle, comme un personnage combattant, pur, loyal, sans mesquinerie aucune. Cette interprétation lumineuse accordée au beau regard bleu d'Anny Duperey, cette voix aux accents fermes et doux en même temps, cette intelligence de la comédienne, balaient tut ce qu'il pourrait y avoir de dérangeant, voire de larmoyant dans la proposition. On entend bien la langue, la cocasserie qu'Eric-Emmanuel Schmitt prête à Oscar - et à ses amis d'ailleurs comme à la dame rose ; on ne bascule jamais dans l'excès émotionnel. Il y a une pureté tranchante du sentiment, une victoire de la vie. Même si à la fin l'enfant meurt... qui conviennent en un spectacle qui doit sa force sans agressivité à la rayonnante vitalité d'Anny Duperey.
Elle y va. Pantalon, tunique noire dégageant son beau cou de danseuse, pas souple dans de petits chaussons de couloirs d'hôpital et de jeux avec les enfants - elle est la dame rose et la blouse est la seule tache de couleur vive avec le ballon, le nounours et les autres jouets. Mais elle est Oscar. Yeux au ciel. S'adressant à Dieu, après tout. Et sans faiblir.
Ici, Anny Duperey est comme le petit garçon qui se révolte et revendique et prend à témoin : elle extériorise. Mais jamais dans l'excès. Ni de colère, ni de chagrin, ni de résignation. Mais dans une sorte de vaillance belle, comme un personnage combattant, pur, loyal, sans mesquinerie aucune. Cette interprétation lumineuse accordée au beau regard bleu d'Anny Duperey, cette voix aux accents fermes et doux en même temps, cette intelligence de la comédienne, balaient tut ce qu'il pourrait y avoir de dérangeant, voire de larmoyant dans la proposition. On entend bien la langue, la cocasserie qu'Eric-Emmanuel Schmitt prête à Oscar - et à ses amis d'ailleurs comme à la dame rose ; on ne bascule jamais dans l'excès émotionnel. Il y a une pureté tranchante du sentiment, une victoire de la vie. Même si à la fin l'enfant meurt...

Les Echos

Etat de grâce

Le livre d'Eric-Emmanuel Schmitt, « Oscar et la Dame rose », a été un triomphe en librairie. Comme c'est un texte à la fois pour l'édition et pour le théâtre, avec son entremêlement de missives et de confidences qui se répondent, le succès est venu aussi sur la scène, quand Danielle Darrieux en interpréta le texte il y a deux ans. Comment ne pas être ému quand on suit le récit à la lettre, une histoire d'amitié folle (comme il y a des amours fous) entre un enfant leucémique et la « Dame en rose » qui lui rend visite régulièrement ? L'un et l'autre adoptent entre eux, pour jouer, la convention qu'une journée est l'équivalent de dix années. Ainsi le petit a-t-il l'impression d'avancer dans le temps, de profiter de la vie et de l'âge. Mais il va mourir à plus de cent ans, c'est-à-dire en quelques jours.
L'oeuvre est indirectement d'inspiration chrétienne : l'enfant ne cesse d'écrire à Dieu. Mais, dans ses échanges avec la visiteuse et le Créateur, il cherche surtout, en double de l'auteur, à réinventer le monde sous une couleur fantaisiste, à défier la mort par un regard amusé sur l'univers des adultes et celui des enfants malades qui l'entourent.

Plus authentique

A la création de la pièce, quel que fût le grand talent de Danielle Darrieux, le spectacle semblait trop prémédité dans la quête de l'émotion. Il y avait trop de bons sentiments pour qu'on ne se méfie pas de ces appels appuyés à nos glandes lacrymales. Avec Anny Duperey, la pièce paraît plus authentique, parce que la mise en scène de Joël Santoni n'utilise pas une série de violons plaintifs. Dans un lieu tout simple, qui évoque une chambre d'hôpital, l'actrice joue d'une manière fluide tous les rôles - l'enfant à travers ses lettres, la visiteuse à travers ses dialogues et ses soliloques, les autres passants. Elle ne sollicite pas l'affectivité, elle trouve l'harmonie qui peut naître d'une rencontre entre deux façons de vivre et d'aimer - l'une météorique, l'autre durable - sur l'échelon du temps. A partir des états d'âme, Anny Duperey va à l'état de grâce. Valérie Beck

Télérama

Auteur en vogue sur la scène contemporaine, Eric-Emmanuel Schmitt a l'art de taper dans le mille. Une seule comédienne occupe la scène, qui joue le rôle d'un gosse de 7 ans atteint d'un cancer. Astreint à vivre ses derniers jours à l'hôpital, il se lie avec une visiteuse de malades qui réussit à les rendre riches d'aventures et de surprises. L'auteur, comme d'habitude, fait la part belle à la religion et n'évite pas toujours le pathos sentimental. Mais Anny Duperey, qui prend la suite de Danielle Darrieux, créatrice du rôle, mêle avec brio chaleur et entrain. Au décor, Pace a fait des miracles. Panneaux coulissants et tons sobres mais soutenus donnent à la chambre l'aspect d'un cocon.

Figaroscope

La palette claire d’Anny Duperey Eric-Emmanuel Schmitt, ancien professeur de philosophie, ne cache pas son intérêt pour la question religieuse. En 1997, il entreprit un cycle de l’Invisible. Après Milarepa, qui traitait du bouddhisme, puis Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, qui évoquait le soufisme, vint le troisième volet consacré au christianisme, Oscar et la dame rose, créée en 2003 par Danielle Darrieux. A l’invitation du Cado d’Orléans, Anny Duperey relève le défi et reprend à son compte ce texte. L’auteur imagine un enfant, Oscar, 10 ans, atteint d’une maladie mortelle, dans une chambre d’hôpital. A son chevet, une bonne fée, Mamie Rose, ancienne catcheuse et douée d’une imagination consolatrice. Elle lui demande de confier ses peines à Dieu. A l’arrivée, ce parcours rythmé par une correspondance touchante, espiègle, met le public dans sa poche. On songe au Petit Prince, au conte qui aborde l’amour en culottes courtes et la mort.
CRITIQUE. Anny Duperey, mise en scène avec rigueur par Joël Santoni, aborde le spectacle très différemment de Danielle Darrieux. Elle prend le parti d’Oscar. Il s’agit de regarder le monde de l’hôpital avec les yeux d’un enfant. On voit Oscar, sa jeunesse, sa maturité face au personnel soignant, son coup de cœur pour Peggy Blue, son flirt avec « la » Chinoise, son malaise devant le désespoir de ses parents, son amitié avec Bacon et Pop Corn, le grand brûlé et l’obèse. Chaque personnage est dessiné d’un trait, et très vite on entre à la suite d’Annie Duperey dans le monde d’Oscar. C’est vif, tendre et joyeux, servi par la comédienne qui utilise une palette claire de sentiments. Jamais elle ne se laisse submerger par l’émotion, mais elle nous communique le plus simplement du monde les sentiments les plus contrastés. Marion Thébaud

Le Journal du Dimanche

Une salle blanche, une blouse rose accrochée au mur, une corbeille de peluches en bataille : Anny Duperey fait son entrée à l’hôpital, dans le service des enfants malades. Son sourire lumineux, soudain, éclaire le lieu. Petit à petit, la longue et belle dame brune devient Oscar, un petit garçon atteint de leucémie qui comprend qu’il est condamné. Et c’est dans la force de Malie Rose, fausse catcheuse mais vraie philosophe, qu’il va puiser l’envie de rire encore et de toujours espérer. Seule en scène, Anny Duperey donne vie, avec bonheur et justesse, à une multitude de personnage, ceux-là même que l’on rencontre dans un hôpital. Mis en scène par Joël Santoni, elle sert magnifiquement le texte d’Eric-Emmanuel Schmitt. On ne sort pas indemne d’un tel spectacle. En 2003, Danielle Darrieux incarnait Mamie Rose. En 2005, Anny Duperey ressuscite le petit Oscar. Superbe ! Florence Muracciole

Affiche d'Oscar et la Dame Rose

© Cosimo Mirco Magliocca

Réalisé par Absolut Créations