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« Les Chaussettes » Opus 124

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Les échos

Décernés par un jury de critiques et de professionnels, le Prix Plaisir du Théâtre a été attribués, pour le Grand Prix à Michel Galabru, qui joue actuellement avec Gérard Desarthe « Les Chaussettes Opus 124 » de Daniel Colas aux Mathurins.

Le Monde

Le Prix plaisir du théâtre cette année a distingué, pour l’ensemble de sa brillante et généreuse carrière, le grand Michel Galabru, que l’on peut encore applaudir aux Mathurins avec Gérard Desarthe dans Les Chaussures Opus 124 de Daniel Colas
Armelle Héliot

Le Figaro

Deux acteurs sur le déclin répètent avec l’espoir qu’il sera joué, un texte incertain, où se mêlent la poésie, la musique et le cirque. L’un, le plus âgé, est tout en amertume, en jalousie, en fragilité. L’autre, ringard est touchant de naïveté et de sincérité. Peu à peu, la pudeur les abandonne. Il n’y a plus de limites au ridicule. Ils s’affublent de costumes de clowns grotesques. Désespoir. Détresse. Le thème est superbe. A la place de l’auteur, Daniel Colas dont la mise en scène est excellente, on serai allé plus loin, plus fort, plus violent encore. Michel Galabru est formidable, énorme, il envahit la scène. Gérard Desarthe joue en finesse, douloureux, touchant. C’est drôle, triste et tendre.
Philippe Tesson

Le Monde

Fin de partie pour deux clowns
Gérard Desarthe et Michel Galabru sont au Théâtre des Mathurins. Ils sont deux, deux comédiens sur le retour qui ont eu leur heure de gloire. L'un, Verdier (Gérard Desarthe), vient du théâtre subventionné, a joué Shakespeare du temps où il avait « une petite gueule d'amour, moitié ange, moitié voyou » ; l'autre, Brémont (Michel Galabru), vient du boulevard et du cinéma, a été une « vedette » sur qui on se retourne encore dans la rue. Mais ni l'un ni l'autre ne trouvent plus de rôles. Ils se rencontrent histoire de répéter ensemble un spectacle que veut monter Verdier. Un spectacle improbable où ils réciteront La Mort du loup, d’Alfred de Vigny, et Le Bateau ivre, de Rimbaud, déguisés en clowns, avec des intermèdes musicaux, l’un au violon et l’autre au violoncelle, et des pantomimes. Le dialogue de ces vieux cabotins s’intitule Les Chaussettes Opus 124, et, sous ce titre plus boulevardier qu’intellectuel, prend forme une pièce moins légère qu’elle ne semble l’être de prime abord. Brémont ne croit ni aux clowns ni aux pantomimes, ni à l’obligation qui lui est faite de jouer du violoncelle – par peur du ridicule. Mais ce n’est pas le pire. Tout les oppose, pas seulement leur origine artistique – public ou privé – mais surtout leur tempérament, leurs convictions, leurs aspirations et le soin porté à leur chaussettes. Verdier se montre d’abord patient avec son aîné, qui bougonne, se plaint (du froid, des embouteillages, du spectacle à venir) et fait preuve d’un égoïsme et d’une mauvaise foi épouvantables. Galabru en rajoute, grimace, grogne, soupire face à un Desarthe presque imperturbable, porté par sa mission. Peu à peu, toutefois, à travers leurs disputes et leurs réconciliations un peu forcées, pointent les mêmes angoisses : la crainte d’être usé, la peur de ne jamais voir arriver le producteur, Hernandez, leur Godot à eux, leur solitude méritée pour l’un comme pour l’autre, et l’inquiétude de ne plus jamais jouer, de dire adieu à ce qui a été leur raison (et leur moyen) de vivre. Sous le masque pathétique des clowns, l’aspect parfois un peu trop caricatural s’efface pour laisser la place à une ambiance en demi-teinte. On rit, certes, mais on touche aussi à un vrai fond de tristesse et de nostalgie. Martine Silber

Libération

Galabru-Desarthe, clowns et poètes C’est une pièce sur mesure. L’histoire de deux vieux acteurs qui répètent un improbable duo de clowns à base de morceaux choisi du répertoire poétique («Le lac», «L’albatros», «Le bateau ivre»…). Le plus âgé, Brémont, a été longtemps une figure du boulevard. L’autre, Verdier, a joué Shakespeare dans le théâtre public, avant de tomber aux oubliettes. A la première scène, Michel Galabru-Brémont dort dans son fauteuil en attendant son partenaire Gérard Desarthe-Verdier. Pendant une heure et demi,e ils vont jouer au chat et au chien. Le matou, c’est bien sûr Galabru, qui ne pionce que d’un œil et ronronne entre deux coups de griffes face à un Desarthe plus pataud. Le duel est à fleurets mouchetés ; la pièce de Daniel Colas a le mérite de ne pas en rajouter dans les morceaux de bravoure : on ne les entendra pas déclamer «La mort du loup», ni surenchérir dans le bon mot qui tue. C’est toujours un bonheur d’écouter Galabru au théâtre, de le voir interpréter dans «la fantaisie du moment» comme il dit. Avec ce talent pour se réapproprier le texte, quel qu’il soit, pour l’allonger à sa sauce, le mâcher et le recracher, inversant au besoin une phrase, optant pour un mot plutôt qu’un autre, comme si tout renaissait de sa bouche. Tous les acteurs, à un moment ou l’autre, sont rattrapés par la tentation de la récitation ; Galabru, jamais. Si la voix s’emballe dans des grommellements, des répétitions de syllabes et appuie sur les fins de phrase, le corps est tout en sobriété. Évidemment, la brioche et l’âge (83 ans, aucune importance) ne sont pas propices aux pirouettes. Mais de toute façon, Galabru n’a jamais eu besoin de se démener pour faire le pitre. Inutile d’arpenter le théâtre quand on l’a sous le pied. Que le théâtre soit affaire de centre de gravité, Desarthe n’est pas le dernier à le savoir et leur duo est d’une incontestable tenue, surtout - ce sont les meilleurs moments - quand ils s’affublent d’impossibles tenues de clowns. La pièce de Daniel Colas, on l’a dit, file la mélancolie douce plus que le gros rire. C’est son honneur, mais aussi sa limite. Sur fond de Noël sous la neige, les Chaussettes s’enlisent dans une indécrottable gentillesse. L’un et l’autre méritent mieux mais ne s’en plaignent pas. Les spectateurs non plus. René Solis

Télérama

Les cabossés magnifiques
Des acteurs blessés et splendides, il y en a deux au Théâtre des Mathurins, et qui jouent Les Chaussettes opus 124, de Daniel Colas. Une tendre histoire de comédiens et de coulisses, comme on aime à en rire et à en pleurer. En piste, dans un décor de vieille cave pourrie, deux cabots esseulés au chômage essaient désespérément de monter un duo poético-musical pour séduire un producteur et revenir, enfin, sur les planches. Tout apparemment les sépare : l'un - Gérard Desarthe - a été une star cérébrale du « théâtre qui pense » (comprendre : le théâtre subventionné) ; l'autre - Michel Galabru -, le monstre sacré burlesque du « théâtre qui rit » (comprendre : le théâtre privé) ; et le premier assure une mise en scène que l'autre renâcle évidemment à suivre, la jugeant trop intello. Évidemment, le producteur, tel le Godot de Beckett, ne viendra jamais ; et les deux paumés atrabilaires finiront par s'aimer et s'épauler dans leur commune solitude... Michel Galabru est simplement extraordinaire dans une partition cousue main, qui voudrait gentiment régler son compte à la traditionnelle opposition théâtre public-théâtre de boulevard : tous artistes, où que l'on joue ! Sur scène, il réussit le miracle d'être bébé et vieillard à la fois, ronchon et perdu, victime et bourreau, drôle et désespéré, masculin et féminin. Il est si riche en couleurs, en humeurs contradictoires, qu'il pousse son personnage - même un peu facile et trop habilement croqué - jusqu'aux confins de l'humanité. Il est sublime. Fabienne Pascaud

Madame Figaro

Trois raisons d’aller voir « Les chaussettes » opus 124
Un duel public-privé La pièce ? Une partition écrite sur mesure. Deux comédiens plus tous jeunes et plutôt passés de mode essaient de se remettre en selle avec un spectacle. L’un assure la mise en espace, c’est Gérard Desarthe-Verdier, qui a joué Shakespeare dans le théâtre subventionné ; l’autre est censé se laisser diriger, c’est Michel Galabru-Brémont, qui a été une figure du boulevard. Tout les oppose. Les répétitions ont lieu sur fond de chamailleries et de réconciliations avec des problème d’ego, d’homme tout simplement. Des Clowns. Cette lecture de poèmes du répertoire (« Le Lac », « L’Albatros », « Le Bateau ivre ») entrecoupée de morceaux de musique doit se faire en habit de clown. La pantomime est la proposition, l’idée décalée du metteur en scène Desarthe…, que ne sent pas du tout l’acteur Galabru. Qui sera l’August et qui sera le clown blanc ? Les voir revêtir leurs costumes burlesques est un morceau de bravoure. La force comique. Galabru est irrésistible de drôlerie. Qui a dit cabot ? Il joue un vieil acteur et peut cabotiner à loisir. Il s’empare du texte, l’enfle d’une voix tonitruante, le change manifestement. Il l’a en bouche, le mâchonne, le recrache. Chaque mimique déclenche le rire et l’émotion… Miracle de l’acteur. Laetitia Cénac

Les échos

Loin des sunlights Le talent sans tapage des seigneurs du théâtre. Desarthe et Galabru, deux bourrus que tout oppose...      
Deux acteurs en fin de course, poussés loin des sunlights, se rencontrent pour faire un spectacle, un récital de poèmes avec de la musique et des clowneries ! Il faut bien vivre, essayer de s'en sortir, croire qu'on est encore un grand comédien... Tout les oppose. L'un a joué pour le grand public, fait du boulevard, des farces - il est interprété par Michel Galabru. L'autre se vante d'un parcours exigeant dans le secteur subventionné - il est incarné par Gérard Desarthe. C'est le second qui a appelé l'autre, pour une entreprise qui est juste un projet : il n'y a pas de producteur derrière, cela aboutira ou ne se fera pas. Ils répètent devant nous. Les rancoeurs, les ego, les différences sortent du bois. Et il y a, discrète, la misère. Ils n'ont pas un sou, ces pauvres clowns coupés des modes et du monde ! Conte de Noël Daniel Colas a écrit et mis en scène une jolie fable qui est un peu un conte de Noël, l'action s'achevant le soir du réveillon : c'est un appel à l'amitié et à la tolérance. Ces deux bourrus finiront par se comprendre ! L'idée de réunir deux interprètes venus d'horizons contraires fonctionne avec bonheur. Michel Galabru joue de toute son épaisseur, de ses silences et de ses borborygmes. Gérard Desarthe dessine l'élégance, la souffrance discrète, l'explosion qui vient et qu'on repousse. Ils ont le talent sans tapage des seigneurs du théâtre. Gilles Costaz

Pariscope

Daniel Colas a écrit et mis en scène très intelligemment cette pièce en forme de fable sur l’amitié et la tolérance.
Elle réunit deux comédiens venant d’horizons différents. L’un, Gérard Desarthe/Verdier vient du théâtre subventionné, l’autre Michel Galabru/Brémont a été une grande figure d boulevard. Deux acteurs en fin de course que tout oppose mais qui essayent de s’en sortir. Ils se rencontrent pour tenter de monter un spectacle avec morceaux choisis du répertoire, passages musicaux avec violon et violoncelle et quelques numéros de clowns. Un spectacle encore improbable par manque d’argent et de producteur et qui, peut-être, ne se fera pas. L’espoir fait vivre. Pendant plus d’une heure, ils répètent devant nous, mais ne vont pas cesser de se chamailler, de s’écharper, de se lancer à la tête quelques vérités déplaisantes. Dans un duel à fleurets mouchetés, entre rancœur, cabotinage et confidences, ils vont finir par se connaître, s’apprécier et s’aimer. C’est toujours un immense bonheur d’écouter et de voir Michel Galabru sur une scène de théâtre. Gros matou bourru, truculent, qui grommelle, ronronne, et qui de sa voix rocailleuse s’approprie le texte avec un plaisir non dissimulé, entre deux coups de griffe envers son partenaire. Gérard Desarthe immense comédien, plus taiseux, plus raisonneur, moins habitué au registre comique mais qui sait faire face, surtout quand les deux acteurs s’affublent d’impossibles costumes de clowns. Le tandem a beaucoup de tenue et fonctionne parfaitement. La comédie douce-amère mais drôle s’achève un soir de réveillon de Noël, sous la neige. L’excellente idée de Daniel Colas a été de réunir deux grands comédiens venus d’horizons différents et qui ont l’amour du théâtre. Une belle soirée. Arlette Frazier

Le Parisien

Michel Galabru, râleur au grand coeur
MICHEL GALABRU, ça fait quatre-vingt-quatre ans qu'il ne change pas. Quand il parle, tout son visage s'anime. Les joues rebondissent, les sourcils se dressent, les yeux s'écarquillent et les oreilles... Ah, non, les oreilles sont cachées sous les cheveux fins, blancs et presque longs. Tout en force, tout en gueule, l'acteur reste capable de colères prodigieuses, comme on les aime. Sur la scène des Mathurins, par exemple, où il donnera la réplique dès ce soir à Gérard Desarthe dans « les Chaussettes, opus 124 », il aura tout loisir de se fâcher contre son partenaire : on leur a demandé de lire des poèmes de Rimbaud, de Verlaine et de Péguy, et l'autre veut faire le clown ! Deux comédiens qui jouent des comédiens et n'arrivent pas à se mettre d'accord sur la façon de faire leur métier. « Il y a des moments très vrais, s'amuse Galabru. Quand je dis à l'autre : N'oubliez pas que je suis une grande vedette et qu'il me répond : Vous ne l'êtes plus ! » Et ça l'amuse, l'homme aux 250 rôles de cinéma et de télévision, le malheureux Galipeau du « Viager », l'adjudant Gerber de toute la série des « Gendarmes », le collabo affairiste d'« Uranus » ! Il rit, ce premier prix du Conservatoire, ce pensionnaire sept ans durant de la Comédie-Française, où il avait marqué les esprits par son interprétation du Sganarelle de « Dom Juan ». « Au final, moi, je suis quoi ? J'ai une petite réputation de théâtre de boulevard, de cinéma facile, alimentaire, un gars qui a eu son petit succès, son petit moment ! » « L'orteil de Raimu » Ce qui divertit moins Michel Galabru, c'est la distinction systématique en France entre théâtre privé et théâtre subventionné, et ses répercussions sur la vie quotidienne des artistes. « Moi, je joue constamment en tournée. Mais avec mon image de gendarme, on n'a pas accès aux théâtres des centres-villes. On joue à quinze kilomètres, en périphérie ! » Alors quoi, il pourrait prendre sa retraite ? « M'arrêter ? Impossible : vous avez des arriérés d'impôts, vous jouez pour payer ce que vous devez et puis, du coup, vous en devez encore... C'est sans fin ! » Quelque chose nous dit que cette histoire d'argent n'est qu'un prétexte. Michel Galabru aime tout simplement son métier. Lui qui se considère à peine comme « l'orteil de Raimu » se souvient de ce jour où il a été « grandiooose, mademoiselle ». C'était pour la première représentation parisienne de « la Femme du boulanger », mise en scène par Jérôme Savary : « La chatte, qui en tournée était allée bouffer sa gamelle des centaines de fois, toujours au bon moment, n'a rien voulu savoir. Je n'ai pas pu jouer ! J'ai expliqué au public qu'elle en avait marre de se faire traiter de salope ! » Galabru sourit encore avec tendresse en pensant au tournage récent de « la Jeune Fille et les loups » : il s'est senti tout petit face à Laetitia Casta. Un gamin colérique de 84 ans. Une perle, que cet homme-là. Caroline Andrieu

Le Figaro

Chamailleries d'un poète et d'un dur à cuire
BONNET crânement vissé sur la tête, veste de cuir noir sur le dos, violon à la main, Gérard Desarthe fait face à Michel Galabru, violoncelle entre les jambes. C'est l'affiche la plus insolite de la rentrée, la rencontre d'Hamlet et du gendarme de Saint-Tropez, l'ex-enfant chéri de la décentralisation face au poids lourd du théâtre de divertissement. Le motif de ce duel, une pièce de Daniel Colas, Les Chaussettes-Opus 124. Deux hommes tentent de répéter un numéro de clowns, se chamaillent au sujet de tout et de rien, comme cette paire de chaussettes trouées qui donne le titre à la pièce. Ces deux individus que tout oppose sont deux comédiens au parcours différent. Le premier, Verdier, qui flirte avec l'avant-garde, met en scène le second, Brémont, qui se contente d'être un cabot. Le face-à-face est explosif, mais au fil de la pièce, les rapports évoluent et l'amitié prend le dessus. C'est ce thème qui a séduit Gérard Desarthe. « On doit pouvoir jouer tous les répertoires sans dresser de mur entre les comédiens. Finalement le thème de la réconciliation me touche aujourd'hui. » Il n'a pas toujours été ce sage, lui qui a mis le feu au TNP de Villeurbanne ou au Festival d'Avignon, prince de théâtre pour Chéreau-Strehler... Restent des souvenirs, une souffrance. « Aujourd'hui les jeunes comédiens rêvent de carrière à la Jamel Debbouze ou à la Gad Elmaleh, mais bien peu savent que j'ai joué Hamlet ou Le Prince de Hombourg... » O Tempora ! o mores !... Michel Galabru, en dur à cuire façonné par des années d'apprentissage durant lesquelles il a beaucoup écouté, attentif à cerner un métier qu'il avait dans le sang et les tripes, a pris son parti d'être l'Auguste de service, celui qui n'est jamais pris au sérieux. Mais pour être étiqueté comique, il n'en est pas moins finaud dans ses analyses.   «À la Comédie-Française, j'étais un petit pensionnaire. Personne ne faisait attention à moi. J'écoutais, j'enregistrais. J'ai vite compris que je n'étais pas de taille à m'opposer à Jean Meyer par exemple qui faisait la pluie et le beau temps à la Comédie-Française. Plus tard, j'ai travaillé avec Jean Vilar. J'ai joué Les Rustres avec lui, mais il voulait qu'on gomme l'aspect comique de la pièce. Provoquer le rire était mal vu, Vilar voulait souligner le caractère social de la pièce. » Mus par le désir d'exister Desarthe intervient : « C'était l'époque où on découvrait Goldoni, où les metteurs en scène mettaient en avant les rapports de maître et valet, c'était normal. » Finalement nous sommes dans le coeur du sujet. Ces deux comédiens au passé différent épousent le propos de Daniel Colas qui place deux individus que les souvenirs opposent, mais qui sont mus par le désir de vivre, d'exister... De chamailleries en confidences, les deux hommes vont apprendre à se connaître. Mais cette valse-hésitation ne va pas sans couacs. Dès qu'un personnage tend la main, l'autre lui tape sur les doigts, mais heureusement l'humour a souvent le dernier mot. L'un se plaint-il d'être fauché, au point de ne pouvoir nourrir son chat, l'autre lui répond du tac au tac : « Bouffe-le !» C'est le ton caustique, acide parfois, qu'entretiennent les deux hommes avant d'abandonner le réflexe qui consiste à médire, agresser, juger sans jamais pardonner. Au final, toute vanité retombée, ils salueront côte à côte, en smoking, instruments de musique en main, réconciliés par l'amour du spectacle et du jeu, deux hommes avec leurs contradictions, leurs faiblesses, leurs espoirs, deux hommes pour le meilleur et pour le pire. Marion Thébaud

Le Figaro

Deux géants de l'art dramatique
Dans le monde du théâtre, il est de sublimes interprètes qui ne se rencontrent jamais. Hasard des chemins, des générations, partage artificiel des comédiens, entre ceux qui travailleraient dans le « subventionné », le secteur public, et d'autres, qui vogueraient d'une salle privée à l'autre. Heureusement pour nous, ni Michel Galabru ni Gérard Desarthe ne sont ligotés par ces distinctions - même si Desarthe a payé cher d'avoir osé jouer Célimène et le Cardinal de Jacques Rampal, même si les esprits sans curiosité enferment Galabru du côté des gendarmes de Saint-Tropez, oublieux du Juge et l'Assassin de Tavernier, pour ne citer qu'un film et un rôle immense, oublieux de la carrière de cet acteur ultrasensible et hyperdoué sur de très prestigieux tréteaux, ceux de la Comédie-Française, notamment.   Galabru comme Desarthe sont des personnalités puissantes, profondes. Le premier est plus naturellement capable d'être drôle. Le plus jeune doit faire plus d'effort dans le registre comique. Il n'est pas habitué... Dans la pièce de Daniel Colas qui les réunit, Les Chaussettes - Opus 124, il convient de ne pas se ménager. Presque jusqu'au ridicule. Michel Galabru n'a pas peur. On l'affuble, pour les besoins de la fable, de costumes un peu exagérés... Il y va. Et l'on devine comment il joue et se joue d'une certaine résistance de son excellent partenaire... Cela, c'est ce qui se donne à lire, avec plaisir, par-delà l'anecdote qui est assez convenue.   Mais Daniel Colas ne prétend pas à autre chose qu'à cette intrigue-prétexte. Verdier est plutôt un grand taiseux qui raisonne. C'est Desarthe. Brémont est plus instinctif et ne craint pas la parole. C'est Galabru. Ils sont comédiens, justement. Et répètent ensemble un numéro de clowns avec musique : violon et violoncelle. Une composition intéressante d'Emmanuel Herschon accompagne la représentation. L'action ne progresse guère. Tout le bonheur est dans le jeu fascinant de deux géants de l'art dramatique qui acceptent, avec une humilité d'aristocrates, de défendre une pièce, un auteur, un théâtre pour le pur bonheur de jouer ensemble. Dans l'amour et le respect du public. Armelle Héliot

France Soir

Duel comique sur fond d’amitié sincère
Mettre les mots « chaussette » et « opus » dans le même titre peut paraître osé. L’auteur de cette pièce à la dénomination atypique assume complètement : « Les chaussettes ont un côté plutôt sympa, s’amuse Daniel Colas, tandis que l’opus indique simplement une élévation de l’esprit. » Sur scène, deux hommes se chamaillent. Deux hommes que tout oppose : « Ils sont faits pour ne pas s’entendre, précise l’auteur. Et puis, du dialogue à la dispute, ils vont finir par se heurter, puis s’écouter. Quand on s’écoute, on se tolère, de là va naître une amitié qui ne va pas dire son nom. Les hommes sont comme ça, ils s’estiment mais ne l’avouent jamais ! » « Cabot » Sur scène, le personnage léger, c’est Michel Galabru. Face à Gérard Desarthe qui officie dans le rôle plus sérieux de l’intello, l’ancien de la Comédie-Française joue même de son image. « J’ai la réputation d’être cabot, c’est le Gendarme qui me colle à la peau. Les Chaussettes, c’est le conflit entre un acteur de boulevard qui a eu son heure de gloire et un comédien plus sérieux. » Une occasion pour l’acteur, qui bénéfice d’une vraie affection de la part du public, de défendre un genre qui lui tient à cœur. « Le comique a toujours été mal vu. On a l’impression que faire rire, c’est vulgaire ! s’offusque-t-il. Déjà qu’on doit être sérieux dans la vie, si en plus on doit s’embêter au théâtre, c’est mortel ! », s’indigne le comédien. Et de citer Molière, lequel n’avait pas les faveurs des grands esprits de son temps. « Pareil pour Sacha Guitry ! Si aujourd’hui on lui rend hommage, il ne faut pas oublier qu’il a été attaqué de toutes parts de son vivant ! » Duo Il faut entendre Galabru défendre son art de sa grosse voix pour comprendre l’auteur : « J’avais écrit cette pièce sans forcément penser à quelqu’un en particulier, raconte Daniel Colas. Mais en en parlant avec Gérard Desarthe (l’autre interprète, NDLR), le nom de Michel Galabru nous est apparu comme une évidence. Avec le recul, je crois que j’ai inconsciemment écrit ces mots pour lui ! » Et finalement, le duo fonctionne bien : Gérard Desarthe n’a pas besoin d’en faire trop pour jouer l’artiste reconnu par ses pairs et, quoi qu’il fasse, Michel Galabru garde ce côté bonhomme et populaire qui a fait son succès. « Michel, au théâtre, il faut le voir dans une comédie, assure Daniel Colas. Mais à ce niveau-là, c’est de l’art ! » Quand on pense que tout est parti d’une simple paire de chaussettes… Emilie-Anne Jodier

Le Journal du Dimanche

Galabru-Desarthe : Duel au sommet

C'est le face-à-face le plus improbable - explosif ? - de la saison: Michel Galabru-Gérard Desarthe. Improbable car ce n'est pas tous les jours que l'adjudant-chef Gerber de la célèbre brigade de Saint-Tropez se confronte à Hamlet. Explosif parce que l'un comme l'autre sont les symboles exacerbés de deux parcours artistiques qu'a priori tout oppose. Galabru, c'est cette silhouette familière au verbe rocailleux dont la présence a égayé pas mal de nanars aux titres plus incertains les uns que les autres: Y a un os dans la moulinette, Le plumard en folie, Le trouble-fesses. Il faudra attendre Le juge et l'assassin (1976) de Bertrand Tavernier et son César pour se rendre compte qu'il est un immense comédien dont la carrière a commencé au Français. Desarthe, c'est Shakespeare porté à l'incandescence. Une haute idée de lui-même et du théâtre au service des grands auteurs. Truculence contre ascétisme, privé contre subventionné dans ce qu'il y a de plus caricatural. Au-delà de ces différences, on les découvre complices autour d'un bon plat de pâtes. "Vous vous attendiez à ce qu'on se vole dans les plumes ou quoi?", demande Desarthe, légèrement agacé. En fait, un même amour des beaux textes les unit. Des blessures d'amour-propre aussi. Desarthe s'est fait descendre par ses pairs pour avoir osé se commettre dans le privé avec Célimène et le cardinal. "On m'a même qualifié de traître." Galabru, lui, ne s'est jamais habitué à ce qu'on le prenne pour un "gugusse". L'amoureux de Goldoni a toujours en travers de la gorge que Patrice Chéreau - metteur en scène, entre autres, du Hamlet, avec Desarthe - ne l'ait jamais appelé. Dans Les chaussettes, Opus 124, de Daniel Colas - l'histoire de deux comédiens antinomiques réunis dans une même pièce -, leurs personnages sont les doubles, à peine caricaturés, de leurs propres itinéraires. Gérard Desarthe incarne Verdier, acteur-metteur en scène intello plutôt suffisant, qui a du mal à imposer son point de vue à son partenaire, Brémont (Michel Galabru), plus à l'aise dans le cabotinage. Entre deux vacheries, ils finiront par faire un pas vers l'autre. Avant de vous rencontrer, quelle image aviez-vous l'un de l'autre ? Michel Galabru: Gérard, pour moi, c'était un grand comédien du théâtre subventionné qui était toujours dans des pièces ambitieuses. Gérard Desarthe: Cela me faisait rire quand il reluquait le cul des filles dans la série des Gendarmes. J'aurais été incapable de le faire. Dans le métier, on sait que Michel est génial, même s'il a tourné dans beaucoup de conneries.
Êtes-vous impressionnés l'un par l'autre ?
M.G.: Moi oui. On m'a conseillé de jouer avec lui.
G. D.: Moi, c'est l'inverse: "Ah bon, tu vas travailler avec Galabru..." Comme si c'était incongru que je joue avec lui. C'est du sectarisme. Je mettrais un distinguo. On n'attaque pas Michel pour sa carrière au théâtre, mais pour ses films. Il n'a quand même pas joué Mon cul sur la commode.
M. G.: Certains vont dire que Gérard va se commettre avec un pitre. J'ai joué pendant un an Les rustres à Lyon. Quand on allait au restaurant, il y avait des troupes du théâtre subventionné qui ne nous regardaient même pas. Visiblement, à leurs yeux, nous ne faisions pas le même métier. Chéreau ne m'a jamais fait signe. Jamais un coup de fil. Alors que je le prends pour un grand bonhomme. C'est le mépris le plus total. Il n'y a pas que lui.
Qu'enviez-vous chez l'autre ?
M.G.: Une partie de la carrière de Gérard. Il a joué de très grands rôles. Moi, je vais jouer Le roi Lear à la radio, vous imaginez...
G.D.: Michel est de la race des Harry Baur, Gabin, Raimu, Carette. J'ai l'impression d'avoir en face de moi un acteur de cette trempe-là.
Désarthe: "Je ne comprends pas que M. Tapie soit acteur"
Quel regard portez-vous sur le théâtre contemporain ?
G.D.: Je trouve que ce n'est pas terrible. Il y a des gens qui n'ont rien à faire sur un plateau. Maintenant, plus tu passes à la télévision et plus tu peux devenir une vedette au théâtre. Je suis désolé, c'est une catastrophe. Je ne comprends pas que M. Tapie soit acteur. Maintenant, le public veut voir des gens qu'il voit tous les jours à la télé.
M.G.: Moi, je regrette la pénurie de grands auteurs. Où sont les Montherlant et Claudel d'aujourd'hui ?
Coup de baguette magique: vous retrouvez vos 20 ans. Vous changeriez quelque chose à votre itinéraire ?
M.G.: Quand je vois tout ce que je n'ai pas fait par négligence, par fainéantise, par laisser-aller, par besoin d'argent aussi, je travaillerais davantage.
G.D.: Il y a une seule chose que je n'ai pas vu venir, c'est le narcissisme à outrance de certains de mes camarades qui plongent dans la médiatisation plutôt que dans le travail. Propos recueillis par Jean-Pierre LACOMME

Le Figaro

Tout le bonheur est dans le jeu fascinant de deux géants de l'art dramatique qui acceptent, avec une humilité d'aristocrates, de défendre une pièce, un auteur, un théâtre pour le pur bonheur de jouer ensemble. Dans l'amour et le respect du public.
Armelle Héliot

Le thème est superbe. Michel Galabru est formidable, énorme, il envahit la scène. Gérard Desarthe joue en finesse, douloureux, touchant. C'est drôle, triste et tendre.
Philippe Tesson

Les Echos

L'idée de réunir deux interprètes venus d'horizons contraires fonctionne avec bonheur. Michel Galabru joue de toute son épaisseur, de ses silences et de ses borborygmes. Gérard Desarthe dessine l'élégance, la souffrance discrète, l'explosion qui vient et qu'on repousse. Ils ont le talent sans tapage des seigneurs du théâtre.
Gilles Costaz

Libération

La pièce de Daniel Colas » est l'occasion d'un duo-duel de maîtres, sur fond de répertoire poétique.
C'est une pièce sur mesure et leur duo est d'une incontestable tenue.
René Solis

Le Journal du Dimanche

Galabru-Desarthe,
duel au sommet
Deux grands comédiens s’affrontent dans une pièce inspirée de leur personnalité.
C'est le face-à-face le plus improbable - explosif ? - de la saison. Truculence contre ascétisme, privé, contre subventionné dans ce qu'il y a de plus caricatural. Au-delà de ces différences, on les découvre complices.
René Solis

Télérama

Une tendre histoire de comédiens et de coulisses, comme on aime à en rire et à en pleurer... Michel Galabru est simplement extraordinaire dans une partition cousue main. Il est si riche en couleurs, en humeurs contradictoires, qu'il pousse son personnage jusqu'aux confins de l'humanité. Il est sublime.
Fabienne Pascaud

lemonde

Fin de partie pour deux clowns
Gérard Desarthe et Michel Galabru sont au Théâtre des Mathurins.
Ils sont deux, deux comédiens sur le retour qui ont eu leur heure de gloire. L'un, Verdier (Gérard Desarthe), vient du théâtre subventionné, a joué Shakespeare du temps où il avait « une petite gueule d'amour, moitié ange, moitié voyou » ; l'autre, Brémont (Michel Galabru), vient du boulevard et du cinéma, a été une « vedette » sur qui on se retourne encore dans la rue. Mais ni l'un ni l'autre ne trouvent plus de rôles. Ils se rencontrent histoire de répéter ensemble un spectacle que veut monter Verdier. Un spectacle improbable où ils réciteront La Mort du loup, d’Alfred de Vigny, et Le Bateau ivre, de Rimbaud, déguisés en clowns, avec des intermèdes musicaux, l’un au violon et l’autre au violoncelle, et des pantomimes. Le dialogue de ces vieux cabotins s’intitule Les Chaussettes Opus 124, et, sous ce titre plus boulevardier qu’intellectuel, prend forme une pièce moins légère qu’elle ne semble l’être de prime abord.
Brémont ne croit ni aux clowns ni aux pantomimes, ni à l’obligation qui lui est faite de jouer du violoncelle – par peur du ridicule. Mais ce n’est pas le pire. Tout les oppose, pas seulement leur origine artistique – public ou privé – mais surtout leur tempérament, leurs convictions, leurs aspirations et le soin porté à leur chaussettes. Verdier se montre d’abord patient avec son aîné, qui bougonne, se plaint (du froid, des embouteillages, du spectacle à venir) et fait preuve d’un égoïsme et d’une mauvaise foi épouvantables. Galabru en rajoute, grimace, grogne, soupire face à un Desarthe presque imperturbable, porté par sa mission.
Peu à peu, toutefois, à travers leurs disputes et leurs réconciliations un peu forcées, pointent les mêmes angoisses : la crainte d’être usé, la peur de ne jmais voir arriver le producteur, Hernandez, leur Godot à eux, leur solitude méritée pour l’un comme pour l’autre, et l’inquiétude de ne plus jamais jouer, de dire adieu à ce qui a été leur raison (et leur moyen) de vivre.
Sous le masque pathétique des clowns, l’aspect parfois un peu trop caricatural s’efface pour laisser la place à une ambiance en demi-teinte. On rit, certes, mais on touche aussi à un vrai fond de tristesse et de nostalgie.
Martine Silber

le prix plaisir du théâtre cette année a distingué, pour l’ensemble de sa brillante et généreuse carrière, le grand Michel Galabru, que l’on peut encore applaudir aux Mathurins avec Gérard Desarthe dans Les Chaussures Opus 124 de Daniel Colas
Armelle Héliot

Affiche « Les Chaussettes » Opus 124 Affiche « Les Chaussettes » Opus 124

© Cosimo Mirco Magliocca

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