Un duo délicieux
«L'Éducation de Rita» de Willy Russell.
L'histoire de Rita, jeune fille qui en veut, qui a son franc-parler et qui bouscule beaucoup les habitudes et un peu le cœur d'un vieil ours de professeur, est aussi célèbre dans le répertoire que celle d'Élisa et de son Pygmalion…
En France, la pièce de Willy Russell avait été créée par l'acide Anémone et le séduisant Henri Garcin. Puis, avec son tempérament de feu, Mathilde Seigner prit la relève face à Bernard Fresson. La reprise de L'Éducation de Rita réunit pour la première fois sur les planches un comédien de grand talent et une jeune fille encore méconnue qui n'est autre que sa propre fille. Histoire de famille, cette Éducation de Rita, avec Pierre Santini en vieil ours alcoolique et Adriana Santini, qui signe elle-même cette adaptation nouvelle, très fruitée, très vive. Nulle ambiguïté à craindre. C'est Christophe Lidon qui signe la mise en scène. Elle est fluide, sensible. Le décor est tout simple : un mur de livres qui dissimule les bouteilles qui sont le soutien d'un homme pétri de préjugés qui voit d'un œil très noir débarquer la décoiffante apprentie coiffeuse.
Lidon donne une alacrité charmeuse à la pièce. Pierre Santini, fier comme un père, joue avec beaucoup de retenue, de pudeur, le rôle de Frank. Adriana Santini a de la grâce, du peps, quelque chose comme un désarmant naturel qui est exactement celui de Rita… et en même temps, il ne s'agit pas de naïve et facile identification. Mais bien de jeu. C'est en cela que la proposition de Christophe Lidon est très intéressante. Ici, on joue. On interprète, on compose. On est père et fille, on s'amuse secrètement. Mais Adriana n'est pas la fille à papa de Pierre Santini. C'est une jeune comédienne avec qui il faut désormais compter vraiment.
Armelle Héliot
Sacrée Rita ! Elle travaille dans un salon de coiffure et décide de se cultiver. A l'Université pour tous, elle tombe sur un professeur érudit mais l'homme est désabusé et considérablement alcoolique. Il veut bien commencer avec elle cette petite danse du savoir et de l'éducation, d'autant plus que les cours se passent chez lui. On peut mieux s'affronter, se séduire, se comprendre et se rejeter. C'est le duo de la jeunesse et de la vieillesse, de l'optimisme et du pessimisme. La pièce de Willy Russell a eu un succès mondial, jusqu'à devenir un film, jusqu'à être joué en France d'abord par Anémone et Henri Garcin puis par Mathilde Seigner et Bernard Fresson.
Sensibilité contagieuse
Le nouveau spectacle du théâtre Mouffetard vise à donner du texte une traduction plus aiguë - Adriana Santini a établi un nouveau texte français - et à donner plus de profondeur à ce qui a été joué souvent de façon gouailleuse. Il se trouve qu'un père et une fille sont en scène : Pierre Santini dans le rôle du prof bourru, Adriana Santini dans celui de la jeune femme passionnée. Le tandem fonctionne bien, dans une mise en scène dépouillée de Christophe Lidon. On est surtout heureux de découvrir la comédienne, à la sensibilité contagieuse.
Gilles Costaz
Il est trop le tableau de la meuf, là-bas. Un truc pour faire baver les gens : quand le porno n'était pas encore inventé. C'est ainsi que cette étudiante qui déboule tout droit de son salon de coiffure dans le cadre du programme de l'Université pour tous voit la madone accrochée entre piles de livres. Lui, prof désabusé, alcoolo et bourrelé de mauvaise conscience, le voilà pris au dépourvu par tant de spontanéité et d'inculture saugrenue. Elle, lasse de virevolter comme une mouche au boulot entre des clientes « qui se prennent pour des membres de la famille royale » sans être rien et son retour à la maison avec le mari bouffé par le foot et la télé, elle voudrait comprendre. Comprendre quoi ? Tout. Tout savoir. C'est beaucoup, ça le tresse. Il soigne ça au whisky. Où l'a-t-il planqué l'avant-de nière bouteille ? Dernière la lettre D comme Dickens ? ou plutôt F comme Forster, Edward Morgan Foster qui était un homosexuel engagé. Mais engagé dans quoi ? Qu'est-ce cela veut dire engagé ? Putain ! « Y a de quoi être niquée comme une chatte un samedi soir ! »
Adriana Santini, qui tient avec allégresse et un primesaut de tous les diables le rôle de Rita devant son bougon de papa Pierre, embarrassé, fondant de tendresse bourrue, débordant d'affection inexprimable, nous a concocté une nouvelle adaptation de la pièce de Willy Russell. Elle a fait vingt fois le tour, cette pièce et Pierre Santini avait même tenu le rôle chez Michel Fagadau devant Mathilde Seigner à la Comédie des Champs-Élysées il n'y a pas si longtemps.
Le jeune âge d'Adriana a donné une version plus fraîche et plus ancrée dans le réalisme social.
Il s'agit bien sûr, toujours de la bonne vieille histoire de Pygmalion, dont les anglo-saxons, depuis Bernard Shaw, se sont fait une spécialité : il y a tellement eu de pièces sur ce thème, avec Osborne, Alan Bennett, l'américain David Mamet, à peu près chaque fois transformées en films, comme si les voisins n'en finissaient pas de remesurer le gouffre entre le vaniteux savoir de la misère et une orgueilleuse misère du savoir.
Rita, justement a compris que les clientes « Ne disaient jamais les choses importantes » et que son mari était un con, enfin, « non pas con, un aveugle », un type qui ne peut voir parce qu'il ne veut pas voir. Elle a compris aussi que, quand on veut changer, « il faut le faire de l'intérieur, non ? Vous croyez que j'y arriverai ? » Et c'est Frank qu'elle a choisi pour opérer la métamorphose. Parce que c'est un poivrot complètement cinglé qui veut balancer ses étudiants par la fenêtre, parce qu'elle l'a bien aimé tout de suit, et qu'elle veut lui couper les cheveux pour qu'il n'ai plus cette tête de « pauvre baba cool périmé ».
Le chemin sera bien entendu douloureux, escarpé, difficile, aussi compliqué que la mise en scène de
Christophe Lidon est savamment simple. Il n'y a pas si longtemps, elle pensait sincèrement que « l'école c'était fait pour les crétins et pour les boutonneux ». Tout ce qui comptait pour elle, c'était le reste, « la musique, les fringues, les sorties, les mecs ». A sa première dissertation, dont le sujet était : « Proposez des solutions pour résoudre les problèmes de mise en scène pour la pièce d'Ibsen « Peer Gynt » », elle a répondu sèchement : « Faites-la à la radio ». Ce qui n'était pas faux. Mais ça ne lui aurait sûrement pas valu une très bonne note à un examen. A la fin il faut que le prof de cette adorable Fair Lady commence à craindre qu'elle ne se mue en singesse savante pour qu'un déclic se produise, une catastrophe prometteuse, malicieuse… Est-ce qu'elle couper les cheveux en quatre, Rita ?
Bernard Thomas
Elle est touchante Rita, cette jeune coiffeuse a compris que l'instruction et la culture permettent de maîtriser la vie et non de la subir. Elle s'inscrit à un cours du soir à l'université et rencontre Franck, professeur de littérature, fatigué et porté sur la boisson. En se confrontant, l'élève et le professeur apprendront le principal : l'estime de soi. Willy Russel a écrit cette pièce en 1981 et l'a remise au « son du jour » en 2003. Andriana Santini a adapté cette version avec une belle écoute sur le monde actuel. La mise en scène de Christophe Lidon est parfaite comme toujours. Il accompagne le texte d'images, de lumières, de symboles, laissant l'imaginaire du spectateur dépasser l'histoire. Sa direction d'acteur pointue permet aux comédiens d'offrir le meilleur d'eux-mêmes. Ce face-à-face, fait du choc des cultures et des générations, est magnifié par la relation filiale qui unit dans la vie Adriana et Pierre Santini. Le père et la fille, dans ce bonheur d'être ensemble sur scène, offrent à leur personnage de beaux reliefs fait de tendresse, de révolte, de complicité et surtout de vie.
M-C. N.
La souris et le matou
Plus anglo-saxon que cet ersatz de Pygmalion, tu meurs… Tout y est : le rapport d'âge, le rapport maître-élève, le sentiment mezzo voce, l'ascenseur social, le campus universitaire, etc. La pièce de Willy Russell est solide et bien bâtie, elle joue sur des ressorts qui font mouche, et le public lui a toujours accordé ses faveurs. Andriana Santini nous en livre une excellente adaptation, vive, vraie, fine, jeune. Elle la joue avec ses mêmes qualités, dirigée par Christophe Lidon, en compagnie de son père Pierre Santini qui n'a qu'a laisser filer son talent dans un rôle en or. Un vrai plaisir.
Philippe Tesson
Le comédien joue avec sa fille « L'éducation de Rita »
Pierre Santini acteur hors père
Il paraît qu'éduquer quelqu'un revient à s'éduquer soi-même. Puis, souvent, l'élève dépasse le maître. Il s'agit de cela dans L'éducation de Rita, la célèbre pièce de Willy Russell, qui conte l'histoire d'une jeune coiffeuse lasse de son inculture. Elle veut changer, et pas seulement de coupe de cheveux. Franck, un professeur de littérature, l'y aidera en lui donnant des cours particuliers. Jusqu'au jour où il va jalouser la soudaine ascension de sa créature, et mépriser son propre travail de poète, jusqu'à boire à l'excès.
On se souvient du film de Lewis Gilbert, sorti en 1984 avec Michael Caine. Quant à la pièce, Pierre Santini l'avait déjà jouée au côté de Mathilde Seigner en 2003. Il reprend son rôle dans son propre Théâtre Mouffetard et dans une nouvelle adaptation signée par sa fille Adriana, qui incarne Rita. « Il est facile pour un comédien d'expérience de demeurer sur ses acquis, confie Pierre Santini. Et il est aisé pour un homme de mon âge de se contenter de ses connaissances. En me confrontant à ma fille, je me laisse bousculer en tant que père et en tant qu'acteur. » En effet, Franck, le professeur, va transmettre à sa jeune élève son bagage intellectuel comme une valise qui permettra à Rita de voyager loin. De son côté, Rita va pousser Franck à retrouver sa vraie nature, qu'il fuyait. Un double accouchement qui ne se fera pas sans douleur.
Le thème est universel. Déjà traité par George Bernard Shaw dans Pygmalion, il reprend ici un coup de jeune. Car Christophe Lidon met en scène père et fille dans un souci de véracité et de social. Pierre et Adriana Santini cherchaient depuis un moment une pièce à jouer ensemble, à deux personnages seulement, qui ne tombe ni dans le rapport père-fille classique ni dans le travers amoureux. Dans la vie, le lien qui les unit se révèle fort, selon Adriana : « Adolescente, je voyais peu mon père car mes parents étaient séparés mais on pouvait tout se dire, jusqu'à évoquer la sexualité tout en effeuillant des branches d'arbre. Papa n'était pas un père professoral qui se considérait comme un guide ou un pygmalion. Notre rapport était avant tout affectif. »
Enfant de la balle, Adriana s'est longtemps réfugiée dans les mathématiques, comme pour trouver des valeurs sûres. Puis le virus familial l'a rattrapée. Elle est partie à New York apprendre le jeu de l'acteur chez Lee Strasberg. Quand elle rentre en France, son père lui conseille de jouer le plus possible. « On ne passe pas sa vie à prendre des cours. » Elle s'y applique depuis, et écrit des scénarios, dont le prochain va être adapté par Pascal Légitimus. Son père n'a pas la réaction du personnage qu'il campe : il n'a pas l'air jaloux. « Chez les Santini, chacun va au bout de ses aspirations. Une autre de mes filles est peintre comme l' était mon père. » De la transmission à l'éducation, il n'y a qu'un pas.
Delphine de Malherbe
Le nouveau spectacle du théâtre Mouffetard vise à donner du texte une traduction plus aiguë et à donner plus de profondeur à ce qui a été joué souvent de façon gouailleuse. Le tandem fonctionne bien, dans une mise en scène dépouillée de Christophe Lidon. On est surtout heureux de découvrir la comédienne, à la sensibilité contagieuse.
Gilles Costaz
Adriana Santini, qui tient avec allégresse et un primesaut de tous les diables le rôle de Rita devant son bougon de papa Pierre, embarrassé, fondant de tendresse bourrue, débordant d'affection inexprimable, nous a concocté une nouvelle adaptation de la pièce de Willy Russell. Le jeune âge d'Adriana a donné une version plus fraîche et plus ancrée dans le réalisme social. La mise en scène de Christophe Lidon est savamment simple.
Bernard Thomas
Andriana Santini a adapté cette version avec une belle écoute sur le monde actuel. La mise en scène de Christophe Lidon est parfaite comme toujours. Il accompagne le texte d'images, de lumières, de symboles, laissant l'imaginaire du spectateur dépasser l'histoire. Sa direction d'acteur pointue permet aux comédiens d'offrir le meilleur d'eux-mêmes. Ce face-à-face, fait du choc des cultures et des générations, est magnifié par la relation filiale qui unit dans la vie Adriana et Pierre Santini. Le père et la fille, dans ce bonheur d'être ensemble sur scène, offrent à leur personnage de beaux reliefs fait de tendresse, de révolte, de complicité et surtout de vie.
Marie-Céline Nivière
© Cosimo Mirco Magliocca
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