De :
Marguerite Duras
Mise en scène :
Julien Téphany
avec :
Arlette Téphany
En collaboration avec ATPM Théâtre
En tournée pour la saison 2007 / 2008
J’ai retrouvé ce journal dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château.
Je n’ai aucun souvenir de l’avoir écrit.
Je sais que je l’ai fait, que c’est moi qui l’ai écrit, je reconnais mon écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l’endroit, la gare d’Orsay, les trajets, mais je ne me vois pas écrivant ce journal. Quand l’aurais-je écrit, en quelle année, en quelles heures du jour, dans quelle maison? Je ne sais plus rien.
Ce qui est sûr, évident, c’est que ce texte-là, il ne me semble pas pensable de l’avoir écrit pendant l’absence de Robert L.
Comment ai-je pu écrire cette chose que je ne sais pas encore nommer, et qui m’épouvante quand je la relis. Comment ai-je pu de même abandonner ce texte pendant des années dans cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver.
La première fois que je m’en soucie, c’est à partir d’une demande que me fait la revue Sorcières d’un texte de jeunesse.
La Douleur est une des choses les plus importantes de ma vie. Le mot "écrit" ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d’une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un phénoménal désordre de la pensée et du sentiment auquel je n’ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m’a fait honte.
Dès ma première lecture de La Douleur (je dirigeais alors le Centre dramatique national de Limoges, La Limousine) j’ai pensé à dire ce texte, à le partager avec un public.
Pourtant je ne suis pas une fanatique du "show" solitaire. Toute ma vie de théâtre s’est fondée sur la troupe. J’ai toujours eu besoin d’être entourée de la solidarité, de l’amitié, des conflits, des plaisirs contradictoires du travail en équipe.
C’est pourquoi je ne considère pas ce que je raconte avec les mots de Duras comme un spectacle, bien que je sois sur un plateau pendant plus d’une heure avec un peu de musique et quelques effets de lumière. C’est un récit que je me suis approprié, comme si je l’avais vécu puis écrit. Maintenant je le livre.
Est-ce que j’ai honte de raconter cette "chose" comme son auteur l’eut de l’écrire? Sans doute, oui. Je ne sais pas. Cette chose si lourde est tellement nécessaire. Je n’ose pas dire belle.
Il s’agit en tout cas d’une prose théâtrale, la phrase est faite pour être dite, tant elle est simple, claire, précise et toujours en situation. Comme si le théâtre alimentait l’écriture de Marguerite Duras malgré elle : ce talent si particulier de faire vivre et parler un personnage n’appartient qu’à elle dans la littérature dramatique contemporaine.
Dans cette honte il y a aussi de la fierté. La fierté de faire entendre ce texte. Une vie tout entière contre les forces de la nuit et l’absolue nécessité du combat pour la vie.
Ce m’est à chaque fois une émotion de me promener par les villes, la main dans la main avec Marguerite, de lutter grâce à elle contre l’oubli, l’indifférence, la peur, de vaincre pour un moment l’éphémère.
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